Albert Dupontel – Interview
Cinéma Interview

Albert Dupontel – Interview

« J’ai de bonnes angoisses »

Entretien avec Albert Dupontel qui sera ce dimanche soir à l’UGC Ciné-Cité pour présenter sa pépite « Au Revoir Là-Haut ».

Vous vous êtes attaqué à l’adaptation du Prix Goncourt « Au Revoir Là-Haut », de Pierre Lemaitre. Un auteur que vous connaissez bien et dont l’univers semble aller de pair avec le vôtre. Comment s’est donc passée cette adaptation, ce travail à quatre mains ?

Pierre et moi, on s’est vu deux fois, on ne peut donc pas dire qu’il ait été très intrusif ! Il me répétait régulièrement « c’est ton film ! ». Il n’empêche que j’ai voulu lui faire valider toutes les modifications apportées à son livre. De la fin réinventée aux autres modifications importantes, j’avais besoin de son aval. Il est le « père génial » de cette histoire, son avis m’importait.

Au casting, outre vous dans le rôle d’Albert Maillard qui veut « s’acquitter » de sa dette auprès de son compagnon d’armes, on retrouve un incroyable Laurent Lafitte, au cynisme détonnant, et un Niels Arestrup tout aussi redoutable. Aviez-vous d’entrée la distribution – complétée par Emilie Dequenne et Mélanie Thierry - en tête ?

Je souhaitais et voulais tous ces acteurs, à part moi-même ! La chance a été leur disponibilité et leur enthousiasme. Il y a une vraie cohérence entre ces acteurs et ses personnages. Je souhaitais un Vittorio Gassman jeune pour Pradelle, quelqu’un pouvant mêler humour et noirceur. Laurent a été parfait ! Pour Péricourt, Niels Arestrup était une évidence. Je le savais très proche du personnage, restait l’énigme de la scène de la terrasse… Niels s’est littéralement fissuré devant la caméra : bluffant ! Emilie, de par sa grâce et sa douceur, était idéale pour Madeleine, et Mélanie a accepté le petit-grand rôle de Pauline. C’était parfait. Nahuel Perez Biscayart a été la cerise sur le gâteau. Trouvaille extraordinaire lors d’un casting ordinaire. Sa sensibilité instinctive, sa maturité, sa rigueur, sa curiosité… Il avait tout ce que je cherchais pour Edouard. De tout ce casting idéal, il en a été la révélation. En ce qui me concerne, l’acteur pressenti depuis presque un an pour le rôle de Maillard n’a pu se joindre au casting et ce à quelques mois du tournage. Après un casting dans l’urgence et en vain, la meilleure des solutions était de « m’y coller ». Ce fut le seul bémol de cette aventure car épuisant.

On retient inévitablement la performance de Nahuel Perez Biscayart dont le personnage est finalement très proche de ce père qu’il détestait…

Si Edouard a une forme de malice sociale très paternelle en mettant au point cette arnaque, il ne partage aucune des valeurs de son père. Au contraire, puissamment et humainement intelligent, d’une sensibilité hors du commun que son génie de dessinateur exprime, il conteste ce qui anime son père : argent, pouvoir, ruses, cynisme, cupidité… D’ailleurs, le seul qui est proche intellectuellement de Marcel Péricourt est Pradelle. D’où une logique détestation mutuelle… Edouard Péricourt est le héros humaniste et contestataire de cette histoire et le personnage qui m’a le plus donné envie d’adapter ce livre.

Le travail sur les décors, les accessoires et les costumes est également incroyable. Un ensemble et une mise en scène millimétrée qui enveloppent le scénario et qui fait que l’on prend une véritable claque durant deux heures… Albert Dupontel « le perfectionniste » n’a, une nouvelle fois, rien laissé au hasard…

En fait, on s’est beaucoup amusés. Le livre de Pierre est d’une richesse formidable. Chercher à restituer cette histoire nous poussait à beaucoup de précision et à une forme d’exigence dans la reconstitution. J’étais très bien entouré notamment aux effets spéciaux via Cédric Fayolle, ou aux masques réalisés par Cécile Kretschmar, ainsi que par mon équipe habituelle, notamment Stéphane Martin au cadre et François Comparot à la machinerie - deux postes très importants dans ma façon de faire. Idem pour beaucoup d’autres membres de l’équipe. Sans eux, rien ne se fait…

« Mourir le dernier est encore plus con que de mourir le premier » ou encore « la guerre, c’est taper sur quelqu’un qui n’a rien fait »… « Au Revoir Là-Haut » reste fidèle aux formules qui font mouche. Tout comme la scène incroyable du « tribunal » dans une suite du Lutetia. Quelle a été la réaction de Pierre Lemaitre lorsqu’il a vu le film ?

Pierre a vu le film à plusieurs reprises et me parle encore, qui plus est gentiment. Je considère cela comme un indice de satisfaction et lâchement n’ai pas cherché à en savoir plus.

Pour revenir à vous, comment avez-vous appréhendé le rôle d’Albert Maillard, ce maillon faisant le lien entre les différents protagonistes ? Un personnage faussement naïf et terriblement humain !

Comme je vous l’ai dit, j’ai dû faire Maillard pour remplacer l’acteur pressenti de longue date. Peu préparé à cette éventualité, je me suis appuyé avec force sur les autres acteurs. Les écouter, les regarder pour arriver à m’oublier. Au vu de la qualité du casting, j’étais servi et Maillard s’est mis à vivre tout doucement.

Le film est notamment dédié à Alain de Greef, pourquoi ?

Alain de Greef était le directeur légendaire de Canal + lors des « années Canal ». Ancien monteur de cinéma, homme au flair infaillible, il m’a encouragé dans mon désir de cinéma. Il m’a aidé à produire mon court-métrage « Désiré » puis « Bernie » qui faisait l’objet d’une bataille féroce de contradicteurs au sein même de Canal +, et enfin lors de la sortie, il a imposé que la chaîne en parle, ce qui était bien, car ce fut le seul écho médiatique que l’on eut… Je lui dois beaucoup.

Votre film sort le 25 octobre. Et les premiers retours sont excellents. On vous sait parfois angoissé… Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

J’ai de bonnes angoisses lesquelles sont aujourd’hui tournées vers le prochain film. La sortie sera… la sortie. Moi, je me serais bien amusé. C’est déjà pas mal…

« Au Revoir Là-haut », ce dimanche, à 20 h à l’UGC Ciné-Cité, en présence d’Albert Dupontel.

 

 

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