Arnaud Tsamère – Interview

✏️ Yannick VERNINI 11 mars 2016
Arnaud Tsamère – Interview

©PascalitoÉtoiles

Entretien avec Arnaud Tsamère qui revient avec son troisième spectacle  « Confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels ». Tout un programme !

Vous venez donc à Ludres avec votre troisième spectacle… Quels sont ces trucs plus ou moins confidentiels ?

Malheureusement, vous n’apprendrez pas grand-chose sur ma vraie personnalité. On est vraiment sur de l’humour absurde et du second degré, du début à la fin. Je monte sur scène en étant persuadé d’être quelqu’un de très original dans la vie, d’avoir des positions très excentriques sur plein de sujets… Et en fait, c’est une succession de réflexions absurdes. J’enfonce des portes ouvertes… C’est pour ça que les confidences sont plus ou moins confidentielles ! Pas tant le fond, c’est la forme qui m’est chère. Cette forme de spectacle avec des scènes burlesques, de l’absurde, des digressions et du deuxième degré, tout le temps. Le propos est finalement assez accessoire.

Une absurdité que vous poussez à l’extrême et qui, finalement, a toujours été votre marque de fabrique… Un domaine dans lequel vous êtes à l’aise…

C’est surtout au niveau de l’écriture que ça se joue. Quand on est humoriste, on pourrait avoir des messages à passer, être un artiste engagé et vouloir exorciser des colères, des injustices… Moi, ce n’est pas du tout mon cas. Je suis vraiment dans le ludique et dans l’amusement. C’est pour ça que l’humour absurde me plaît beaucoup parce qu’on n’est pas obligé de traiter de la vraie vie qui nous entoure et de l’époque dans laquelle nous vivons. En faisant de l’humour, on a la chance de pouvoir proposer plein de choses différentes. C’est un créneau dans lequel j’aime bien aller, je ne me sens pas le recul et le talent nécessaire pour écrire sur la politique, sur la société… Et puis, ça ne m’intéresse pas vraiment. Je fais ce métier parce que je suis un enfant qui aime jouer.

C’est sans doute ce qui explique que votre public vous suit depuis vos débuts…

Ce que vous dites est vrai mais après, je comprends que le public ait aussi besoin et envie d’aller voir des spectacles plus engagés. Mais je pense qu’on peut leur offrir les deux. Il y a la place pour ces deux types d’humour. Un, engagé, l’autre, pas du tout. Je suis convaincu de ça. Si je peux prendre le rôle de celui qui est dans le ludique, je le prends bien volontiers.

Un rôle à des années lumières de votre cursus original qui ne vous prédestinait pas à cette carrière…

Absolument pas, c’est sûr. J’ai effectivement fait des études de droit, un peu par défaut. Il fallait, après le bac, faire des études supérieures et je n’avais pas encore rencontré la passion du spectacle. C’est venu assez tard. J’ai découvert ça sur les bancs de la fac en allant voir des spectacles d’improvisation et c’est comme ça que j’ai commencé à faire de la scène en amateur, parallèlement à mes études. La passion est venue tout doucement. Je suis devenu professionnel assez tard, à l’âge de 26 ans, sans jamais avoir été passionné par ça durant mon adolescence. C’est réellement une vocation qui m’est venue sur le tard.

Vous évoquez l’improvisation… Vous ne l’avez jamais abandonnée…

Absolument, dès que je peux, j’essaie de faire le maximum de spectacles d’improvisation. Surtout, dans ce nouveau spectacle, je me permets beaucoup plus de libertés en termes d’impro et de jeu hors texte. Je m’y engouffre avec grand plaisir.

Une vocation effectivement venue sur le tard. Et lorsque l’on se penche sur votre parcours, on remarque que vous avez toujours fait les bonnes rencontres au bon moment. Que ce soit le Professeur Rollin Raphaël Mezrahi, Laurent Ruquier ou encore Pierre Palmade… Des personnes clefs qui, à chaque fois, vous ont donné un coup de pouce supplémentaire…

C’est exactement ça, vous avez tout compris. Il y a eu avant l’émission de Laurent Ruquier, une succession de rencontre. Ça a commencé avec Fred Testot, qui m’a mis dans un festival en 2004 et qui m’a permis, en parlant de moi à Canal, de faire mes premières télés sur la chaîne. C’était en 2005-2006. Ensuite, il y a eu la rencontre avec Pierre Palmade qui m’a fait faire une émission sur France 3 et une pièce qui a bien marché… Avec lui, j’ai rencontré Raphaël Mezrahi qui, lui aussi, m’a fait monter sur scène dans un spectacle complètement délirant qu’il avait créé. Et il se trouve que Laurent Ruquier avait vu ces spectacles, c’est comme ça qu’il m’a contacté pour faire son émission. C’était un peu la consécration de tout ça. Comme vous le dites, à chaque fois, ça a été un petit coup de pouce du destin. En cela, je peux m’estimer chanceux.

On va également en animateur d’émission télévision. Est-ce un exercice que vous appréciez ? Comment le prenez-vous ?

Chez moi, c’est une nécessité de me mettre en danger. D’explorer d’autres choses sinon je tourne en rond… Je n’aime pas m’installer dans la facilité parce que je m’ennuie, en fait. Je me lasse. J’ai besoin de challenges. C’est une nouvelle discipline qui me plaît énormément même si, pour le moment, elle n’a pas connu un grand succès en termes d’audience. Quoi qu’il en soit, c’est quelque chose que j’aurai encore envie d’explorer.

On a le sentiment que si vous restez en place, vous commencez à cogiter et à vous remettre en question…

Exactement ! C’est aussi pour ça que mon prochain spectacle sera certainement un duo avec Ben, avec qui je fais des sketchs chez Michel Drucker. C’est un grand complice depuis une dizaine d’années… Vous avez raison, plutôt que de cogiter, je préfère passer à autre chose et être dans la découverte, dans la nouveauté, dans la prise de risque… C’est vrai que c’est un métier où l’on cogite beaucoup, mon remède à moi, c’est la remise en question.

Quelque part, la course automobile, que vous pratiquez également, constitue une belle bouffée d’oxygène !

Absolument. Plus que jamais. C’est vraiment un exutoire. C’est fou à quel point, dans un cockpit de voiture ou un karting, on est déconnecté de tout. On oublie tout le reste. De plus, dans le sport automobile, je retrouve une adrénaline et un trac que parfois, j’ai un peu tendance à oublier en spectacle. Je suis quelqu’un qui n’est pas sujet au trac… En tout cas, je ne le suis plus. Et ça me manque ! Ce sont des choses qui vous démontent le corps tellement c’est violent… Je retrouve ça dans le sport auto.

Pour revenir à votre dernier spectacle… Vous parlez confidences… C’est plutôt paradoxal pour un taiseux comme vous !

C’est ça ! Il y a un paradoxe assumé. J’en ai beaucoup discuté avec Rollin et Joyet. On voulait faire un spectacle plus personnel mais je leur ai dit, je n’ai rien à raconter sur ma vie… Je n’en ai pas envie. Ma vie n’est sujet à faire un spectacle devant mille personnes. On a donc pris le contrepied de ça en décrivant et en jouant la normalité, la banalité et tirons-la jsuqu’à l’absurde. C’est exactement le thème de ce spectacle.

You may also like