Bernard Lavilliers – Interview
Interview

Bernard Lavilliers – Interview

Vous qui faites peu de festivals, vous serez sur la scène de Là-Haut sur la Colline, un festival citoyen et humaniste. Comment choisissez-vous ceux auxquels vous prenez part ?

Là, comme on est sur une espèce de performance à deux avec mon ami Mahut, mon percussionniste depuis longtemps, on s’était dit « tiens, on va refaire guitare-voix-percussions », quelque chose de très dépouillé. Mais en même temps, il peint. A un moment donné, je suis seul à jouer de la guitare et lui, il a une grande toile derrière lui. Il peint ce qu’il ressent durant le concert. C’est un concept pour des festivals qui ne sont pas énormes. Ce n’est pas possible de jouer devant 20.000 ou 30.000 personnes à deux avec, en plus, d’avoir la perspective d’une peinture qui se crée au fur et à mesure. Là, je pense que c’est un festival adapté à ce qu’on va faire.

Ce spectacle intimiste est baptisé « Le Comptoir des Voyageurs »… Une véritable invitation au voyage…

Oui, je choisis des chansons qui voyagent beaucoup, que j’ai écrit il y a un moment ou récemment. Au niveau du son, il y a les percussions de Mahut, qui est un percussionniste très original, un percussionniste de climat. Il est très rythmique, Mahut. Il sait extrêmement bien jouer des congas et du djembé… Il a aussi tout un tas de gongs et de sons tout à fait étonnants, c’est très délicat. Ce n’est pas une ambiance de boy-scouts, c’est une ambiance de concert… On ne veut pas faire danser les gens… C’est un autre truc, on est plus proche du théâtre que du feu de camp.

Un voyage durant lequel vous passez en revue, malgré tout, votre répertoire…

Oui, mais adapté… Ce qui est jouable en guitare et percussions. Il y a des choses que je ne peux pas du tout faire sans avoir mon orchestre, mon big-band. Là, c’est autre chose, un univers très voyageur, avec des chansons anciennes mais aussi d’autres très modernes. Je vais quand même reprendre des chansons que j’ai écrites dans la région… L’une après l’autre, d’ailleurs. Je vais enchaîner, par exemple, « Fensch Vallée » et « Les Mains d’Or ».

Vous avez réédité « Pouvoirs », sorti en 1979, avec ses morceaux et ses thèmes qui, finalement, n’ont jamais été autant d’actualité !

Les thèmes, oui. La peur ou encore les multinationales particulièrement. Il s’appelait « Pouvoirs » au pluriel. Il y avait le pouvoir de la religion, de la peur de l’attentat, de la peur du monde du travail, des multinationales, de l’amour, de la haine… Il y a tout ça dans cet album. Et puis il y a aussi le pouvoir de la révolte qui peut très mal se terminer. Tout dépend comment cela est canalisé. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à plusieurs peurs, celle du terrorisme et celle du chômage. Deux choses complètement différentes mais il y a des hommes politiques qui l’utilisent.

Une réédition sur laquelle l’on retrouve des artistes comme Jeanne Cherhal, Feu ! Chartterton et Fishbach… Des artistes qui vous parlent ?

Ah oui ! Les Feu ! Chatterton, je suis allé les voir plein de fois. D’ailleurs, ils sont dans mon prochain album. Fishbach, je l’ai vue deux fois sur scène, c’est une vraie créatrice… Leur approche est intéressante, ils s’approprient les chansons à leur manière. Je trouve ça intéressant.

En parlant d’album, le prochain, « 5 Minutes au Paradis » sortira en septembre prochain. On retrouvera dessus « Fer et Défaire », un morceau évoquant la sidérurgie en Lorraine…

En effet… C’est une chanson sur Mittal… Je me suis vengé d’Arcelor-Mittal en m’amusant avec son nom et avec l’idée qu’il avait démantelé complètement la sidérurgie à chaud à Florange mais que ça ne l’avait pas empêché d’être milliardaire. Je me suis amusé à jouer avec le mot « métal » et le mot « affaire »… « Fer et Défaire »… Une chanson au troisième degré !

📷 : Thomas Dorn

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