CharlElie Couture – Interview

✏️ Yannick VERNINI 30 octobre 2017
CharlElie Couture – Interview

Vous êtes de retour sur le NJP avec votre projet « Lafayette » qui fleure bon le blues de la Nouvelle Orléans…

Oui, une sorte d’ovni au milieu de la production française. Quand il est sorti, il est un peu passé inaperçu peut-être à cause de ça, parce qu’il était en dehors des marges. À sa sortie, il y a un an, on en a relativement peu parlé et puis le bouche-à-oreille s’est fait… Je suis ravi de voir que les salles sont pleines et que, justement, il y a un attrait particulier pour ce disque « louisianais ».

D’autant qu’on a le sentiment, on le ressent à l’écoute, que cet album vous tenait vraiment à cœur, qu’il trottait dans votre tête depuis un certain temps…

Chaque album est un palier. On fait les choses d’une manière progressive mais rarement présupposées. Je me suis autant donné pour les choses qui ont marché que pour celles qui n’ont pas fonctionné. Ce qui est certain, c’est que depuis le début de ma carrière, avec ce nom bizarre de CharlElie Couture, les gens ne me connaissaient pas – et pour cause puisque c’est l’association des prénoms de mes deux grands-pères – et se demandaient d’où je venais… Je viens de Lorraine, de Nancy… Je suis Lorrain ! Alors qu’au départ, ils s’imaginaient que je venais de Louisiane, que j’étais Acadien, avec cet accent et cette manière un peu particulière que j’ai de chanter. Le rythme qui me vient dans ma main gauche, les gens le comparaient à celui de Dr John… Et cette voix particulière… Les gens me voyaient vraiment venir de Louisiane alors que je n’y étais jamais allé. À la fin de la guerre, ma mère est partie enseigner le français aux États-Unis et quand elle est revenue, elle a rencontré mon père, mais elle avait gardé des USA quelque chose des femmes américaines de l’après-guerre… Cette éducation basée sur une double culture qu’elle m’a donnée. À la fois américaine, à la fois française. Quand elle est morte, il y a deux ans et demi, je me suis dit que c’était peut-être l’occasion d’aller en Louisiane, l’état le plus biculturel des États-Unis, à la fois français et américain. Une sorte de poche au milieu de l’anglophonie US. Pour toutes ces raisons, oui, ce projet me tenait à cœur !

Un opus enregistré dans les Dockside Studios, qui ont notamment vu passer BB King Taj Mahal…

Et un paquet de bluesmen et de musiciens que j’écoutais avant de connaître l’endroit. Du coup, il y avait quelque chose d’un peu magique de se retrouver dans ce studio, installé au bord de la Vermilion River, dans une ville qui s’appelle Maurice, près de Lafayette.

Un album où, une fois encore, les titres en anglais cohabitent naturellement avec les morceaux en français…

C’est vrai que je le fais depuis que j’ai signé chez Island… Et pour quelqu’un chantant en anglais, je chante finalement beaucoup en français !

Là, on retrouve un bel équilibre entre les deux avec, pour ouvrir le bal, le son du banjo « (On va) Déconner » qui donne le ton…

J e crois effectivement que le disque est bien équilibré. Si certains ont rêvé de Nashville à une époque, je sais que la Louisiane me correspond bien. C’est un peu comme pour un acteur. Il y a des rôles que le public concède à des acteurs plus qu’à d’autres… Il y a ce que l’on ressent soi-même en tant que compositeur et il y a ce que les gens imaginent. Le disque que j’ai fait avec Benjamin Biolay, je l’aimais tout autant mais le public ne l’a pas reçu de la même manière. Celui-là, c’est comme si c’était plus intime.

Plus intime, certes, mais avec un blues aux sonorités plus festives comme sur « Debout dans la boue »… Une boue dans laquelle nous sommes tous finalement !

C’est ça, c’est une métaphore… Et qui était tristement prémonitoire puisque le studio, six mois après, à cause des crues et du dérèglement climatique, a été ravagé par les eaux. Il a heureusement été reconstruit depuis. Mais au-delà ce simple aspect météorologique, la chanson évoque effectivement une situation mondiale… À un moment donné, cela devait être « Debout dans la m… » !

Les cuivres, donnant encore plus de densité, sont également très présents…

C’est vrai. Si le disque était lié au décès de ma mère, le choix de la Louisiane n’était pas un innocent. A la suite des cortèges funèbres, les cuivres les accompagnant se veulent toujours festifs, de façon à sublimer la tristesse dans une attitude qui est beaucoup plus joyeuse.

Vous êtes de retour sur le NJP, sur la scène du Chapiteau. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

C’est une chose d’apparaître, c’est une chose de ne pas disparaître ! Je suis content d’avoir été suivi par des gens qui me sont restés fidèles et qui font que, où que j’aille, pas seulement en Lorraine, les salles sont pleines, particulièrement avec ce disque-là. Mais il est certain que Nancy est une ville où j’ai joué « souvent », cinq-six fois sur mes trente ans de carrière. Il y a trois-quatre ans, j’étais à l’affiche du NJP pour un autre disque. Il y a quelque chose comme des retrouvailles entre amis, qui se passe à Nancy, plus que quand je vais jouer en Bretagne ou à Bordeaux. C’est un peu particulier, ça va être bien plein, rien que ça, c’est réjouissant !!!

📷 : shaan

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