CLOVIS CORNILLAC – INTERVIEW

✏️ Yannick VERNINI 21 février 2018
CLOVIS CORNILLAC – INTERVIEW

Après avoir vu le film, le premier sentiment est qu’il n’est pas utile d’avoir vu les deux autres pour se laisser happer par l’histoire et la comprendre. Cela faisait-il partie du cahier des charges ?

Ah oui ! Pour moi, c’était essentiel. Je voulais juste que ce soit un film à part entière. Souvent, quand il y a des trilogies, on se dit « je suis obligé de voir celui d’avant » et des fois, je trouve ça rebutant. On peut très bien faire des films indépendamment les uns des autres et je trouve ça super. C’est aussi pour que ça que j’ai accepté.

Ça va même plus loin puisqu’il donne envie de voir les autres.

Ça, c’est chouette alors, tant mieux !

Au niveau du scénario, on retrouve le tandem Fabien Suarez et Juliette Sales. Comment s’est passé le travail avec ce duo qui a œuvré sur les deux premiers films de la saga ?

Ce qui était super c’est, qu’à partir du moment où j’ai accepté de le faire avec une histoire déjà écrite, je me suis approprié le projet et retravaillé avec eux sur plein de choses que je voulais développer ou enlever. Ils ont été extrêmement à l’écoute et non dans une posture qui aurait été néfaste à tout le monde. Ils étaient vraiment dans un travail en commun, pour le film.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette belle aventure ?

Elle m’a été proposée par un des producteurs, Clément Miserez, qui m’a appelé. J’ai été un peu surpris parce qu’entre mon premier long-métrage et la série « Chefs », où j’ai réalisé les derniers épisodes, je ne voyais pas trop le lien. C’est vraiment à la lecture de la version 1 du scénario que ça m’a inspiré. Ça m’a évoqué plein de choses… Des choses diverses comme la littérature de Jack London à Conrad… Tous ces récits d’aventure. Faire un film d’aventure aujourd’hui pouvant réunir tout le monde dans une salle, quel que soit l’âge, me plaît énormément. J’avais vraiment envie de renouer avec ça, des films grand public et populaires.

Un projet où l’on retrouve le casting des deux films précédents. Ont-ils été difficiles à convaincre ?

Il y avait une sorte d’excitation commune, tout le monde en avait envie. C’était aussi ça qui était chouette. Tchéky Karyo est un acteur que je connais depuis des années. Il y avait une curiosité, une envie de travailler ensemble, sous ma direction. Il a eu vraiment confiance. Félix (Bossuet), qui joue Sébastien, voulait finir l’aventure. Je lui ai dit qu’on allait bosser beaucoup et probablement différemment que sur les autres… Tous étaient hyper à l’écoute.

Vous jouez donc le rôle de Joseph, cet incroyable méchant ! Comment l’avez-vous appréhendé ?

Je voulais que nos héros soient confrontés plus qu’à un personnage, à une fonction. Pour Joseph, le mal incarné. Je trouve les héros d’autant plus beaux que quand les méchants sont à la hauteur… Quand nous, spectateurs, on se dit qu’est-ce que je fais face à ça, comment je me détermine face au mal , quels choix cruciaux j’ai à faire, comment j’avance … Après, je voulais en faire une sorte de monstre comme l’ogre dans « Le Petit Poucet ». Sans psychologie, sans rédemption possible.

Lors de sa première apparition, on le croit tout droit sortie d’une BD !

C’est vrai, je voulais faire un cinéma affirmant totalement un propos, une forme et ne pas être timide ou mignon. Je voulais vraiment un effet graphique qu’on a dans le cinéma d’aventure, voire dans les westerns, qui soit jubilatoire pour le spectateur. Comme ces capes de bergers, qui claquent au vent… Des choses que je trouve belles à l’écran

Comme son véhicule, un incroyable half-track !

C’est comme un monstre mécanique, en fait. On a cette nature qui est sublime, minérale et très forte et d’un coup, on a quelque chose qui nous ramène à la guerre. C’est un véhicule qui sent la mort…

On pourrait presque lui trouver des similitudes avec le camion de « Duel »…

Exactement !

Sinon, la coupe de cheveux, on en parle ?

Elle a de la gueule hein ? Elle ne laisse pas indifférent !

Et elle prend surtout tout le monde de court !

Je trouvais qu’il y avait quelque chose de décalé, de malsain, dans l’idée de ne pas du tout avoir un poil sur le caillou et d’avoir les cheveux longs sur les côtés, un peu sales, filandreux. Avec ce nez de sorcière, c’est une image qui amène du charisme au mal. Si le mal n’interroge pas, on passe à côté. Je voulais que ce soit immédiat et bizarre.

Pour revenir au tournage, il y a beaucoup de décors naturels qui ont dû le rendre éprouvant…

Ça a été une aventure, oui. Mais j’avais tellement envie de raconter cette histoire que j’avais dit à tout le monde que ça allait être difficile. Mais le problème n’est pas celui-ci, c’est de rendre le film que l’on envie de faire. Des difficultés, on en a rencontré mais ce qui était important, c’était de trouver des solutions. Pour faire un film d’aventure, cela aurait été étrange de ne pas vivre une aventure.

Des décors forts qui deviennent, finalement, un des personnages du film…

Oui, pour moi, tout ce qui est traité dans le film, c’est des personnages. Belle est évidemment un personnage, les humains je n’en parle même pas et la nature est un personnage. Quand je me balade, j’ai une relation à la nature qui est très intime, elle est vivante et raconte des choses.

Pour conclure, après une telle aventure, avez-vous d’autres envies ou projets en tant que réalisateurs ?

Depuis mon premier long-métrage, la réalisation est une obsession. C’est ma vie… Depuis quatre ans, ça a tout bouleversé. J’ai évidemment envie de jouer, mais j’ai moins le temps. Je joue dans mes films parce que pour faire un film, il me faut un an et demi… Mais j’adore ça !

 

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