David Gilmour dynamite la Saline Royale d’Arc-et-Senans

✏️ Yannick VERNINI 24 juillet 2016

Devant 19.000 personnes venues en procession sur le site, le patron a donné un concert à la démesure de sa carrière.

Après le Château de Chantilly et les arènes de Nîmes, c’est dans le Doubs que l’une des figures de proue des Pink Floyd a bouclé ses quatre dates dans l’Hexagone. Quatre événements se jouant, à chaque fois, devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs… Des fans venus vibrer et frissonner sur les riffs furieux d’un David Gilmour affuté comme un jeune premier. Lui qui, à coup de morceaux d’anthologie, avec ses complices Nick Mason et Roger Waters, a forgé la légende des Floyd. Du son… Du très gros son, même, enveloppé dans une mise en lumière terriblement efficace pouvant paraître simpliste aux yeux des jeunes générations ne jurant que par les leds et les écrans géants.

Et ce samedi 23 juillet, dans l’antre de la Saline Royale, le patron en a remis une couche dans l’écrin de ce site exceptionnel. Exit les écrans habillant artificiellement les shows modernes, comblant les lacunes créatives de ceux qui s’attèlent à la scénographie. Les lumières et lasers que Gilmour et sa bande dégainaient déjà en 1995, sur « Pulse », sont toujours d’actualité, sans avoir pris une ride ! Y compris le halo de fond de scène provoquant un déluge lumineux sur chacun des morceaux. De chaque côté, justement, des « acrobates » étaient perchés, arrimés aux rampes, pour assurer les poursuites au plus près… Eux qui, comme les organisateurs, ont tendu le dos jusqu’au dernier moment. La veille, le département était, en effet, placé en vigilance orange, la pluie était au rendez-vous. Mais pour le jour J, un ultime souffle a chassé les imposants nuages gris. Place au ciel bleu puis à cette nuit étoilée dont les 19.000 personnes présentes ont rêvé.

Un rêve qui prenait vie dès les premiers accords… Ceux dont David Gilmour a le secret reconnaissables entre mille… Puis Simone, sur « Rattle that Lock », délaissait, le temps d’un titre, la SNCF pour submerger le parc verdoyant de la Saline avec ce jingle revisité, connu de tous… Les guitares acoustiques reprenaient alors leur droit… Trois accords suffisaient, l’assistance avait la chair poule… « Wish you were here » résonnait tel un hymne alors que « What do you want from me » enfonçait le clou… Les Pink Floyd revenaient à la vie le temps d’un incroyable set dans lequel les dernières créations de l’Anglais trouvaient naturellement leur place. Pas forcément évident lorsqu’il s’agit de jouer des coudes entre le planétaire « Money » et l’hypnotique « High Hopes »… Des morceaux inscrits au patrimoine musical mondial.

En apnée, le public soufflait en attendant un acte 2 lancé, à la basse, comme un boulet de canon avec « One of these Day » plaçant sur orbite « Shine on you Crazy Diamond » avant un retour à la vie… «  Come back to Life » apaisait les esprits et la fille dans la petite robe jaune, sur un air jazzy, apportait une savoureuse touche de légèreté…. « The Girl in the Yellow Dress » appuyait pourtant sur le détonateur, la dernière salve était prête et le bouquet final tiré… « Sorrow » campait le décor alors que « Run Like Hell » nous remettait en tête les images de la dérive paranoïaque de Pink dans « The Wall »… Le bruit sourd des bottes d’un Bob Geldof hors normes, dans le film d’Alan Parker, claquait dans les têtes… Les cloches de « Time » annonçaient la fin… Un final explosif et lumineux, ponctué par l’inoubliable et incontournable solo de guitare de « Comfortably Numb », nouant plus d’un estomac… Près de trois heures de concert venaient de s’écouler dans une Saline Royale encore sous le choc… Théâtre de la rencontre détonante de deux monuments…

You may also like