DOC GYNÉCO – interview

✏️ Yannick VERNINI 9 avril 2016
DOC GYNÉCO – interview

©HidiroÉtoiles

Vous êtes dans la dernière ligne droite avant le début de ce qui sera votre première tournée… Comment vous sentez-vous ?

Ça peut aller… Ça va. En ce moment, je suis en studio, c’est cool.

Après vingt ans de carrière, vous venez enfin en province pour une série de concerts. Qu’est-ce qui vous a décidé à prendre la route ?

C’est le public lui-même ! Cette fois-ci, ce n’est pas un producteur, ni une maison de disques. C’est le public qui m’a demandé de revenir. Pourtant, j’ai vécu une période plutôt difficile, d’échecs mais j’ai géré, même si c’était une chute sans parachute. Et là, je me retrouve de nouveau dans une période de réussite. Mais, cette fois, je ne me ferai pas avoir hein ! Je n’irai pas en boîte de nuit avec des filles russes… Juste avec des filles de L’Est… Mais pas Républicain ! (Rires)

Vous avez finalement su tirer profit de vos erreurs…

Oui, c’est vrai. Johnny le disait à l’époque et je ne comprenais pas parce que j’étais jeune mais je peux vous assurer que cette citation est vraie : « Ce qui ne tue pas te rend plus fort. » Finalement, c’est vrai. Une fois que l’on arrive à passer certaines épreuves, la suite est plus facile. On comprend mieux. Chez nous, en France, c’est un peu comme ça, on apprend avec l’expérience, avec les années.

Des années au bout desquelles vous signez votre retour avec une réédition de votre premier album « Première consultation », sur lequel on retrouve trois titres inédits…

Des inédits de l’époque. L’album est un peu intouchable. Le public ne veut pas que même moi j’y touche. Du coup, j’ai voulu revenir tout de suite avec mon prochain album. Mais on m’a conseillé, et ces personnes avaient raison, de revenir déjà avec « Première consultation » et une tournée dans la mesure où je n’en avais jamais fait à l’époque. Et après, je sortirai mon nouvel album… Ils avaient raison.

Pour vous, c’est un peu une manière de repartir de zéro…

Je pense, en effet, que c’était ce qu’ils avaient en tête. Il fallait remettre les choses à plat et effectivement repartir de zéro.

Outre vos dates en province, vous allez faire deux Olympia et un concert au Zénith de Paris. Comment appréhendez-vous de telles jauges ?

Plutôt bien parce que je suis en terrain conquis. Ce n’est pas un nouvel album mais celui que tout le monde connaît. J’ai, en revanche, refusé tous les autres Zénith et le gros marketing. Comme je vous le disais, je n’ai pas envie de me refaire avoir par la grosse machine. Je préfère faire trois salles plutôt qu’un Zénith. Ils m’ont regardé, un peu choqués. Ils voulaient surfer sur la vague mais je leur ai dit que je préférais faire ça, parcourir la France, faire les choses petit à petit.

On a vraiment le sentiment que vous êtes déterminé à tout reprendre en main…

En tout cas, je me méfie de la réussite plus que l’échec. Je le redis, je ne me ferai plus avoir par les excès du succès, par tout ce qu’il y a autour d’une réussite qu’elle soit footballistique, professionnelle dans tous les milieux… Je fais vraiment attention à ne plus m’emballer et faire tout et n’importe quoi. Je me comporte comme si je n’avais pas réussi du tout.

Vous êtes-vous posé la question, à un moment, si un retour ne passerait pas par votre véritable patronyme, Bruno Beausir ?

J’ai essayé mais le public ne veut pas. Il veut le Doc ! Avec mes potes intellectuels, j’en ai discuté le soir. Finalement, quand je sortais au petit matin et que je croisais Monsieur Toutlemonde, il criait « Alors Doc ! » En France, il est très difficile de changer d’image. J’ai constaté ça lorsque j’ai suivi des acteurs au cinéma qui faisaient du comique. Parfois, ils ont essayé de changer de registre et de faire des films plus sérieux… Je n’y arrivais pas ! Je comprends pourquoi les gens ne veulent pas que les artistes changent la façon dont ils les ont aimés.

Il y a un autre domaine où le public vous appréciait, c’est lorsque vous interveniez dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel. Est-ce un exercice que vous pourriez reprendre ?

Ouais, j’adorerais ! Et je suis content qu’il y ait tous ces systèmes de communication, que l’info aille très vite. Que d’un moment à l’autre, il y a le Panama Papers… Il y a des trucs qui se passent toutes les cinq minutes. Des ministres qui démissionnent, d’autres qu’on nomme… L’info et les médias me plaisent de plus en plus. J’aime aussi la radio pour la musique, passer des disques la nuit. C’est vrai que parler de musique dans un talk-show, ça me plairait bien.

Quel rapport avez-vous avec les réseaux sociaux ?

Quoi qu’il arrive, dans tout ça, j’espère que l’info va garder la primeur. Que chacun ne pourra pas faire ce qu’il veut de son côté comme on peut le voir avec les bêtises et les problèmes liés à des endoctrineurs qui profitent de tout ça. Il faut conserver le lien traditionnel. Garder l’info, rebondir dessus à notre façon par rapport à ce que les journalistes arrivent à voir dans le monde.

Pour revenir à la musique, y a-t-il des collaborations avec la nouvelle scène qui vous feraient plaisir ? Des artistes pour lesquels vous auriez envie d’écrire ?

Oui, il y a des jeunes qui osent chanter un peu plus que d’autres. Mais, le niveau textuel reste quand même très bas, c’est très difficile. C’est aussi ce qui a permis que je revienne. Les jeunes n’ont pas su évoluer textuellement, il y a eu comme un vide, un manque. Le public a demandé le retour des classiques. J’ai vu ça aussi au cinéma. Avec « Les Visiteurs » numéro 3, des franchises américaines qui en sont au sixième film… Il y a comme un petit problème avec le nouveau qu’on nous promet… C’est un peu des grandes promesses !

Et vous tenez finalement la vôtre avec votre tournée. On vous sent impatient…

C’est vrai. C’est toujours beau d’avoir un retour, c’est magnifique, ça me fait plaisir. Il y a des gens pour lesquels je suis un peu triste comme Michel Platini. Je l’ai connu jeune, c’était mon équipe de France d’enfant, avant d’être adolescent. Cette fameuse équipe de Platini, Rocheteau, Giresse… Ça me fait du mal pour lui, c’est vraiment un grand bonhomme, j’espère qu’il va réussir à s’en sortir et revenir ! Il en vaut le coup. Je conseille aux plus jeunes de vos lecteurs de regarder France-Allemagne de 1982 et ils verront que Platini n’est pas celui que l’on voit là. J’aime les gens quand ils ont perdu leur pouvoir, ils sont un peu plus humains, moins arrogants. Ça nous sert de leçon. J’espère que d’autres auront ainsi la chance de revenir.

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