Doria Tillier & Nicolas Bedos – Interview

✏️ Yannick VERNINI 13 mai 2017
Doria Tillier & Nicolas Bedos – Interview

« Doria est la révélation du film »

Doria Tillier et Nicolas Bedos étaient présents à l’UGC Ciné-Cité de Ludres pour présenter « Monsieur et Madame Adelman ». Entretien avec un couple fusionnel.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de raconter l’histoire d’une odyssée de 45 ans de ce couple passionné ? Un amour à la fois fusionnel, parfois douloureux et destructeur…

Nicolas : C’est un sujet inépuisable et passionnant. Par chance, il est universel. Il nous permettait de nous projeter dans le futur, de réaliser des fantasmes, mais aussi d’exorciser certaines angoisses ! Ce film, c’est la version comique de nos pires cauchemars !

Doria : Tout est parti d’improvisations que nous faisions tous les deux, dans la vie, pour nous faire peur et nous faire rire. Nous avions constitué toute une galerie de personnages, de la vieille dame qui se venge de son mari infidèle aux parents monstrueux. Ces délires comiques me sont apparus comme la promesse d’un film.

Tout au long du film, on ne peut s’empêcher de se dire qu’une part de vécu transparaît…

Nicolas : Une part de vécu très revisitée ! C’est vrai qu’on s’est amusés à distiller des choses vraies dans beaucoup de fiction, un peu à la manière des romanciers américains qu’affectionne le personnage de Victor dans le film. Ces romanciers américains qui piochent dans leur vécu pour fabriquer de grandes histoires. On a également beaucoup observé nos proches, nos parents…

Doria : Je crois qu’on met toujours une part de vécu dans ce qu’on fait. Ce qui est excitant, c’est de ne pas dire laquelle. Mais dans les grandes lignes, il est vrai que le personnage de Victor a en commun avec Nicolas une forme d’outrance, et je partage avec Sarah une détermination dans certaines choses.

D’entrée, on constate qu’un énorme travail d’écriture a été fait… Comme lors de la scène incroyable du repas de Noël… Comment avez-vous travaillé pour, justement, écrire ce scénario à deux ?

Nicolas : L’écriture a été un jeu de ping-pong. Comme l’a dit Doria, Cela fait des années qu’on improvise des situations comiques Donc, sans le savoir, on bosse depuis quatre ans ! Ensuite, j’ai eu besoin de m’isoler pour reprendre les dialogues, les voix off, car c’est un travail musical qui exige la solitude.

Doria : c’est vrai que le fait d’écrire le film en le jouant, à voix haute, a dû contribuer au naturel des scènes et des répliques.

C’est également un bel hommage à ces personnes de l’ombre, œuvrant derrière ceux qui sont sous les projecteurs…

Nicolas : Oui, le film nous est raconté par Sarah, c’est le regard de la femme, celle qui supporte l’autre. Le film a failli s’appeler « La Femme de ». J’ai lu beaucoup de biographies de grands hommes et Sarah est un mélange de plein de « muses ». Ce qu’elles vivent ne relève pas toujours de l’emploi fictif ! (rires)

… Pour finalement s’apercevoir que ce sont elles qui ont le pouvoir !

Nicolas : Victor, le personnage que j’interprète, ne serait rien sans Sarah. Il puise dans son amour, son univers et son intelligence. C’est elle qui le révèle à lui-même. Ce n’est pas un hasard si c’est le thème de mon premier film car le peu que j’ai fait, je le dois aux femmes, qui m’ont empêché de sombrer. Ce film n’aurait pas existé si Doria n’existait pas.

Les personnages évoluent donc au fil des ans… Un énorme travail sur les costumes, le « maquillage » et les décors a été fait…

Nicolas : Contrairement aux apparences, le film dispose d’un budget très modeste par rapport à son ambition. Il a donc fallu toute l’implication et le talent des chefs de postes pour permettre aux spectateurs de croire aux différentes époques.

Doria : Certains jours j’avais jusqu’à 7 heures de maquillage avec 3 minutes de pause pipi. C’était dur mais on était grisé par la qualité du résultat.

Et la fin vous l’aviez imaginée dès le départ ?

Nicolas : Honnêtement, non. L’idée nous est venue après avoir fini la première version du script. On en a débattu avec Doria, on s’est longuement interrogés sur sa pertinence. Aujourd’hui, la question ne se pose plus !

Qu’est-ce que cela fait de voir sa compagne et son compagnon vieilli de plusieurs décennies ?

Nicolas : Doria est une vraie actrice de composition, elle est capable de devenir quelqu’un d’autre, de penser et de s’exprimer à travers ses personnages. À tel point que j’avais vraiment l’impression de parler avec une inconnue. J’étais au bord du vouvoiement ! Ce n’est qu’après le démaquillage que je la retrouvais.

Doria : Je trouvais ça plutôt amusant. Ce qui était fou, c’était quand je retrouvais Nicolas démaquillé. Je le trouvais si jeune et beau tout à coup !

Une personnalité politique fait deux apparitions… Comment l’avez-vous convaincue ?

Nicolas : Je savais que Jack Lang avait voulu être comédien dans sa jeunesse. Pour l’avoir croisé sur des plateau télé, je le savais aussi capable d’autodérision. Il m’a fait confiance sans même lire le scénario.

Doria : je l’avais croisé quelques fois au Grand Journal et je sentais que c’est un homme qui a envie de s’amuser, c’est le genre à dire « oui ».

Nicolas, on vous découvre également compositeur…

Mes proches savent l’importance du piano dans ma vie. Au départ, Doria et moi pensions à une BO entièrement constituée de chansons liées à chaque époque. C’est au montage que je me suis aperçu que certains passages appelaient de la musique originale, afin de porter l’ensemble. Faute d’argent, je m’y suis collé moi-même avec Philippe Kelly, mon co-compositeur.

Au premier abord, Nicolas, on se dit que c’était un magnifique cadeau que vous faisiez à Doria… Avant de se dire que ce cadeau était réciproque tant l’émotion est forte à chaque face à face…

Nicolas : Doria est la révélation du film. En plus de son talent d’actrice, son point de vue artistique a nourri chaque étape de la fabrication. C’est donc un cadeau largement réciproque, en effet !

Doria : Ce qui ne m’empêche pas de remercier Nicolas d’avoir cru en moi car c’était un pari un peu fou que de donner un premier rôle à une fille qui n’avait jamais fait de cinéma.

Pour conclure, après « Monsieur et Madame Adelman », l’un comme l’autre allez prendre une nouvelle dimension… Le ressentez-vous ?

Nicolas : Je ne sais pas. Je n’ai aucun recul sur l’image que les gens ont de moi. Je sais juste qu’elle est parfois très négative !

Doria : Je voulais être actrice depuis longtemps. J’ai passé 4 ans dans les cours de théâtre. Mais c’est avec ce film que j’ai découvert à quel point ce métier me passionne. Oui, pour moi ça a tout changé car avant, jouer la comédie était une envie, aujourd’hui je crois que c’est une passion.

📷 : Christophe Brachet

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