Doria Tillier joue Le Jeu

✏️ Yannick VERNINI 28 août 2018
Doria Tillier joue Le Jeu

Entretien avec Grégory Gadebois, Doria Tillier et le réalisateur Fred Cavayé. Ces deux derniers étaient de passage l’UGC Ciné-Cité, à Ludres, en août dernier pour présenter, en avant-première, « Le Jeu » qui sort ce mercredi.

Fred, vous proposez un huis clos qui n’est pas sans rappeler « The Breakfast Club », ancré dans le XXIe  siècle, avec ses faux-semblants, ses apparences trompeuses, ses mensonges, ses non-dits, ses malaises…

Je le prends comme un joli compliment ! C’est un film que j’aime énormément. Et, effectivement, comme vous dites, dans ce huis clos, il y a un fond très mélancolique. Après, « Le Jeu » n’est pas que ça mais dans les personnages, il y a cette touche-là. C’est, en tout cas, un joli parallèle !

À cela s’ajoute un casting très juste. L’aviez-vous déjà en tête au moment de l’écriture ?

F.C.  : Quand j’ai écrit, je n’avais de comédiens en tête et à la fin, j’ai fait une liste de sept noms que je voulais voir dans le film. Et j’ai eu la chance qu’ils me disent tous « oui ». Quand j’écris, je m’interdis de penser à des comédiens, c’est la meilleure façon d’être déçu. De plus, je trouve toujours mieux lorsque c’est le comédien qui va vers le personnage. Je ne sais pas si mes camarades sont d’accord mais je trouve toujours bien d’aller au bout de ce qu’est le personnage. Et je ne me suis pas trompé !

« Le Jeu » montre que, désormais, les jardins secrets de chacun sont dans les smartphones.

Doria Tillier  : Ça dépend des générations. Si je pense à mes parents, on ne peut pas dire ça. Mais pour la nôtre et les plus jeunes, c’est complètement le cas. Si on ouvre mon téléphone, que l’on regarde les photos, mes notes, les textos, mes mails… On peut dresser un portrait de moi assez complet et assez exact. Je ne trouve pas que ce soit effrayant, c’est comme un journal intime mal rédigé… Mais c’est vrai que je déteste perdre mon téléphone portable, c’est comme si j’avais perdu mon journal intime, mes souvenirs. Ça renferme beaucoup de soi.

C. : Et pour la comédie, c’est formidable, avant, l’amant était dans le placard, maintenant, il est dans le téléphone !

Et le jardin de Grégory est peut-être encore plus secret que les autres…

Grégory Gadebois  : Bizarrement, par rapport aux autres, il n’a qu’un « problème ». Et s’il ne l’avait pas, son téléphone serait « calme » et lui serait assez serein avec ce jeu.

C.  : Après, c’est vrai que c’est un des personnages les plus gentil des sept. Malheureusement, il l’est tellement que ses copains ont tendance à profiter de lui depuis 30 ans. Ce jeu, finalement, lui permet de les mettre tous au piquet, de leur régler leur compte.

Roschdy Zem qui, sans dévoiler le film, le lui rend bien en lui témoignant une magnifique preuve d’amitié…

C.  : C’est aussi ça qui est intéressant dans l’évolution des personnages. Comme dans un thriller, on soupçonne tout le monde et plus on avance, plus on va définir qui est le coupable, qui est l’innocent…

T.  : Ce n’est pas un film où il y a un méchant et un gentil. J’aime cette finesse-là. On finit par comprendre presque tout le monde, c’est un truc qui me plaît, j’aime quand on comprend les « déviances » des personnages.

Les déviances mais aussi cette carapace dans laquelle ils s’enferment et, parfois leurs insuffisances. Comme lors de la scène où Stéphane De Groodt parle à sa fille. Sa femme, Bérénice Bejo, toute psy qu’elle est, s’aperçoit qu’elle est passée totalement à côté de ce qu’est devenue sa fille…

T.  : Ce sont ces cordonniers les plus mal chaussés !

C.  : C’est vrai, elle travaille beaucoup, ce n’est pas une mauvaise psy, mais, avec sa fille, elle n’est pas à la hauteur.

On a le sentiment que, pour les comédiens, la limite entre leurs personnages et ce qu’ils sont devenait de plus en plus infime au fur et à mesure du tournage…

C.  : Cela veut dire que ce sont de très bons comédiens !

T.  : A un moment j’ai pensé à la première année du Loft. Les participants avaient expliqué qu’ils avaient rapidement oublié les caméras parce qu’ils étaient tout le temps ensemble. Et là aussi, on a fini par les oublier et on a été très libres dans notre jeu.

Pour conclure, comme vous le dites dans le film, « En amour comme en amitié, mieux vaut ne pas tout savoir » ?

G.  : C’est compliqué, il y a une réponse par personne et par cas. Ce qui rend malheureux et qui ne change pas fondamentalement les choses, mieux vaut ne pas les savoir… Je ne sais pas vraiment, en fait, même si c’est toujours bien de dire les choses.

T.  : Moi je trouve que la plupart des vérités font avancer le schmilblick dans la bonne direction, même si ça peut être une étape difficile et effrayante à passer.

C.  : A l’heure actuelle, dans les couples, si on passait autant de temps à se parler qu’à envoyer des photos de ce qu’on mange et des avis dont tout le monde se fout, ça irait sans doute mieux !

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