Emmanuel Moire – Interview

✏️ Yannick VERNINI 18 janvier 2016
Emmanuel Moire – Interview

Étoiles

Après une belle tournée achevée à l’été 2014, vous revenez avec un nouvel album « La Rencontre ». La transition a-t-elle été facile ?

Après cette tournée, j’ai pris six-sept mois pour couper, prendre le temps de vivre, profiter de mes amis, de ma famille. Et voyager… Me nourrir, en fait. Puis je me suis mis tranquillement au travail. Depuis janvier 2015, j’ai accéléré les choses et du coup, cet album arrive pratiquement un an après la fin de la tournée.

Comment s’est passée cette remise au travail ?

En fait, ce n’est pas vraiment une remise au travail. Je pense qu’aujourd’hui j’ai appris à être dans le travail tout le temps. Il y a des chansons, comme « L’Attirance », en ouverture, que j’ai faites en tournée.

Une inspiration du moment ?

Avec Yann Guillon, avec qui j’ai fait l’album, très tôt on a réfléchit à une unité. J’aime bien en avoir une dans les choses, faire un disque comme un livre, comme un film. On développe quelque chose tout au long du disque…

C’est le cas sur cet album où la chanson qui précède nous renvoie sur la suivante… Comme sur « Bienvenue » qui envoie l’auditeur sur « La Rencontre »… On perçoit bien comme un déroulé.

C’était important pour moi et ça l’a toujours été. Et je pense que sur celui-ci, c’est encore plus flagrant. Avec Yann, on avait ce thème de la rencontre depuis un moment. Et pendant que l’on faisait des chansons, on a essayé de prendre ce thème et de le développer. La rencontre avec l’autre, avec soi, avec l’enfant que l’on était, avec le public..

Une rencontre étroitement liée au destin… Y croyez-vous ?

Oui, tout le temps…

Un destin que chacun doit prendre en main pour en faire quelque chose…

C’est exactement ça. Pour moi, c’est une évidence. Ça ne l’était pas avant et je pense que c’est pour ça que je fais ce métier-là, pour dire des choses… Ce que je vois, ce qui me touche, ce que je ressens.   Maintenant, je crois profondément qu’on est maître de notre destin. On a une part de choses à vivre et c’est en fonction de ce que l’on en fait qu’on est ce que l’on devient. Je l’ai déjà vécu et du coup, je pense que c’est important de communiquer là-dessus. Souvent, les gens sont dans la fatalité, dans la jalousie ou dans l’envie par rapport à ce qu’ils peuvent voir et ce qu’ils aimeraient avoir alors qu’on oublie, ce n’est pas évident c’est vrai, qu’on est maître de notre destin, de notre vie.

Justement, à un moment de votre vie, vous êtes-vous dit « c’est le destin, on ne peut rien y faire ? » Comme lors de moments douloureux que vous évoquez dans vos albums ?

Il y a deux choses différentes. Celles que l’on peut contrôler et celles qu’il est impossible de maîtriser. Celles-ci, il faut les accepter… Soit on lutte toute sa vie et on se plaint. La mort de mon frère, il y a un moment, il faut que je l’accepte. Il n’est plus là et je dois faire ma vie avec. Après, dans ce que l’on peut contrôler, c’est ce qu’on en fait, ce qu’on décide… En faire quelque chose, se remettre en question et se reconstruire d’une autre manière. C’est ce que j’ai fait.

Est-ce que cela peut devenir une force ?

Aujourd’hui, c’en est une. Ça ne l’a pas été dans les premières années. J’ai l’impression d’être quelqu’un de très fort, beaucoup plus fort qu’avant. A un moment, j’ai pris du recul sur la vie, et j’ai complètement changé d’angle de vue.

Un recul qui fait que vous êtes à l’aise dans ce monde du showbiz…

Je l’avais déjà un peu avant, je me sentais un fragile pour y vivre. Aujourd’hui, j’ai toujours ce discernement avec plus de sérénité sur tout ça. Je me suis aperçu que je pouvais faire ce métier avec ma façon et mon envie de le faire. Avoir la liberté d’être simplement qui je suis. Il m’a fallu peut-être dix ans pour être complétement libre de proposer mon travail. Sur cet album, je suis leader de tout, rien n’a été décidé sans mon accord. C’est tellement confortable !

Est-ce qu’avec cette analyse vous mesurez le chemin parcouru depuis « Le Roi Soleil », il y a dix ans ?

Oui et c’est ce qui m’a aidé à évoluer en faisant régulièrement des bilans. Je suis quelqu’un qui aime le changement, ça m’attire ! J’aime les choses qui sont en mouvement, mais toujours pour aller vers le haut. Dans ce métier, il faut savoir s’assoir face à soi… Et effectivement, je mesure bien le chemin parcouru parce qu’il y en a vraiment un

On sent chez vous un artiste entier. Si vous faites, c’est pour faire bien et jusqu’au bout. Comme dans Danse avec les Stars où on a vite senti qu’avec Fauve, vous n’étiez pas venu pour faire de la figuration ! Une rencontre de deux tempéraments forts et complémentaires !

Si on parle de rencontres, Fauve en est une. C’est une rencontre immense pour moi, dans ma vie. Si je devais faire l’émission je voulais que ce soit avec elle… Alors que je ne le savais pas. Tout le monde veut danser avec elle. Artistiquement, on a la même manière de fonctionner et pour nous, s’exprimer à travers un art quel qu’il soit, c’est dire quelque chose. On n’a travaillé que dans ce sens-là, le reste, on s’en foutait ! Et humainement, c’est une femme que j’aime énormément. Elle est généreuse, sincère…

Cette rencontre avec Fauve vous a-t-elle aidée sur scène ?

Ah oui, évidemment ! La danse m’a toujours attiré justement, pour le travail avec le corps, comment se sentir bien avec. En fait, j’ai toujours aimé la posture des danseurs comme j’ai toujours aimé la posture des chanteurs d’opéra, par exemple. C’est exigeant et noble… Et j’aime cette élégance. L’émission m’a redonné confiance en moi, à beaucoup de niveaux.

Vous en aviez besoin à ce moment-là ?

Oui, je sortais d’une période où tout venait de s’écrouler. On m’avait rendu mon contrat, ça ne fonctionnait pas comme je voulais… Là, j’ai senti qu’une nouvelle vie allait commencer.

C’est une chance ?

Je pense qu’on a tous l’occasion de vivre plusieurs vies… C’est une chance, oui, mais je pense que ça vient aussi de nous.

Dans cette nouvelle vie, on y trouve donc votre quatrième album et, en 2016, une tournée intimiste dans des clubs. Mais avez-vous envie, par la suite, de vous attaquer à de grandes salles ?

Sur la précédente tournée, j’ai beaucoup aimé les jauges qui ne dépassent pas les 2.000 personnes, j’aime cette intimité, je suis un artiste qui aime ressentir les gens. Et eux, je pense, aimaient bien m’avoir juste devant eux. C’est important pour continuer à installer l’artiste que je suis. Je ne cache pas que j’ai aussi très envie de proposer un spectacle plus gros, dans des grandes salles. Mais là, il est essentiel, pour le moment, que l’on débute cette tournée là où on a terminé l’autre.

On peut alors envisager une deuxième ou une troisième partie de tournée dans les grandes salles…

C’est ça… On va voir comment ça se passe, je suis assez prudent comme garçon !

Et que va-t-on découvrir alors sur scène ?

Sur la précédente tournée, il s’est passé des choses très fortes jusqu’à la dernière chanson guitare-voix qui était un inédit. Je vais reprendre de la même manière puis aller plus loin. Proposer quelque chose d’encore plus abouti et donner l’impression au public que je leur parle. J’adore ça !

Hormis la musique, avez-vous d’autres envies ? Comme le cinéma…

Oui, c’est une très grosse envie même ! En fait, je me sens acteur dans le fait de faire des chansons qui racontent quelque chose. Et c’est vrai que je suis passionné par toutes ces disciplines… J’ai très envie de jouer, c’est évident. Après, c’est une question de rencontres. Je crois beaucoup en ça.

Étoiles

Emmanuel Moire passera à Strasbourg le 27 avril 2016, à Thionville le 29, à Toul le 30, à Troyes le 20 mai et à Sausheim le 22.

 

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