Gérard Jugnot – Interview

✏️ Yannick VERNINI 14 mai 2017
Gérard Jugnot – Interview

On a dû vous le demander des centaines de fois… Comment vous est venue l’idée de traiter, dans un film, le don d’organe et la quête de ce père cherchant à renouer avec son fils disparu ?

Ben je ne sais pas bien. C’est vrai que l’on me pose souvent cette question. Je prends toujours des sujets qui m’inquiètent, qui m’interpellent, qui m’interrogent. J’essaie de les traiter en me plongeant dedans également comme acteur pour essayer de comprendre, d’arranger la vie… Peut-être pour éloigner mes peurs et mes inquiétudes. C’est un peu le principe de « Intouchables » ! J’ai toujours pris des sujets un peu difficiles comme la rafle en 1942 dans « Monsieur Batignole » ou la guerre en Bosnie dans « Casque Bleu ». On part de quelque chose de très noir, de dramatique, et on va vers la lumière et l’espoir. Là, je ne voulais pas traiter vraiment ce sujet, je m’en suis servi comme point de départ pour traiter l’histoire d’une renaissance, d’un retour à la vie et non d’un deuil.

C’est effectivement une comédie passant de moments légers à des instants forts en émotions… On le retrouve souvent dans vos films…

Oui, j’aime bien ça. C’est ma petite musique à moi… Je trouve que dans la vie, le rire donne de la légèreté au drame et le drame donne du poids au rire. C’est vrai que je m’aperçois que dans les salles, grâce aussi à François Deblock qui est fabuleux, que les gens oscillent les deux notions de rire et de bouleversement. Ils rient beaucoup plus que je ne pensais et ressortent extrêmement légers. Je prends la comédie pour me soigner de mes inquiétudes, pour rendre la vie plus belle, plus légère. C’est vraiment mon caractère… D’où le choix du titre qui est celui d’une chanson de Mickey 3D. Quand on a eu un pépin, quand on y pense, on se dit c’est beau la vie ! C’est ma façon de faire des comédies même si j’aime, de temps en temps, aller chez les autres faire des comédies débridées !

Vous évoquez François Deblock, dans le film, on a le sentiment que, finalement, c’est Hugo qui prend la vie de Loïc en main…

C’est ça qui m’intéressait… Montrer ces deux personnages en panne. Il y en a un qui n’a pas vécu parce qu’il avait peur de ne pas se réveiller et une autre qui s’est arrêté de vivre, qui est comme sa voiture, dormant dans son garage. Loïc essaie de vivre ce qu’il n’a pas vécu avec son vrai fils et lui va peut-être trouver un père, le secouer et le remettre « on the road again », au volant de sa voiture, de sa vie… Là, c’est une sorte d’adoption mutuelle. J’ai un fils de 35 ans qui, de temps en temps, pourrait être mon père dans les conseils qui peut me donner dans l’ouverture d’esprit que je n’ai plus !

Comment s’est porté le choix sur François Deblock, l’une des révélations du film ?

Je l’ai auditionné, je ne le connaissais pas. C’est un garçon qui fait beaucoup de théâtre. C’est une belle révélation ! Il joue un rôle très compliqué, c’est lui qui tient le crachoir, qui mène la danse. Il est à la fois irritant, insupportable, incontrôlable avant de devenir mature, attachant, charmant et très émouvant. C’est une très belle rencontre et j’espère qu’il fera une belle carrière… A un moment, j’avais même envie d’appeler le film « Meilleur espoir masculin » ! C’est aussi un film sur la transmission.

En parlant de transmission, il y a un clin d’œil à votre fils, Arthur jouant les cyclistes volants…

Quand je me suis attaché à ce sujet, j’ai attendu que mon fils n’ait plus l’âge du rôle par superstition. Surtout je voulais qu’il soit dedans pour montrer que ce n’était pas un fils autobiographique. C’était un petit signal en mettant ces deux gags assez extérieurs au propos et dire ainsi « j’aime la comédie, je vais vous faire une comédie  même s’il y a de l’émotion ! »

Une comédie tournée en décor naturelle !

Oui, quasiment tout. On a tourné entre le Var et la Bretagne pour opposer ces deux régions. La Méditerranée, calme… Faussement calme avec le soleil, le Mistral… Et de l’autre côté l’océan, les marées et les fondamentaux bretons dont on peut s’amuser un petit peu.

On évoquait les clins d’œil… On vous retrouve une nouvelle fois au volant d’un Range ! Une passion particulière ?

C’est vrai que j’en ai eu plusieurs à une époque (rires) J’ai même fait un film entièrement dans Range, c’était « Voyage à Rome ». C’est une voiture assez agréable, on peut filmer à l’intérieur et surtout, il fallait qu’elle soit en cohérence avec le personnage et en opposition avec la voiture de Oui-Oui, cette mythique R8 Gordini, qui est à la fois magnifique et drôle !

📷 : Arnaud Borrel

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