Gilles Lellouche – “Ils ont bossé comme des dingues !”

✏️ Yannick VERNINI 30 août 2018
Gilles Lellouche – “Ils ont bossé comme des dingues !”

Il sera ce jeudi soir à l’UGC Ciné-Cité pour présenter « Le Grand Bain » et son incroyable casting. Entretien avec un Gilles Lellouche au naturel.

Comment vous est venue l’idée de porter à l’écran l’histoire d’une équipe masculine de natation synchronisée ?

Je voulais parler de types âgés de 35 à 55 ans, un peu au bout du rouleau et qui n’ont pas eu la chance d’aller au bout de leurs rêves. Je voulais les faire se réunir autour d’une discipline originale, musicale et poétique. À côté de ça, j’ai toujours été admiratif des personnes qui font du foot amateur, le lundi soir, quand il fait -10 °C. Cela dépasse l’idée du sport. Et un soir, je suis tombé, sur Arte, sur un reportage sur la natation synchronisée masculine, j’ai eu le flash ! Ça réunissait tout. Une discipline dont on pouvait, à la fois, se moquer parce que ce n’est pas très viril, et il y avait cet esprit musical et les vestiaires où ils pouvaient se confier.

Est-ce que, c’est dans ce flash, vous est venu cet incroyable casting ?

Non, je n’ai pas écrit pour des acteurs. J’ai développé mes personnages sans les avoir en tête. Le premier que je suis allé voir, c’est Mathieu Amalric, avec qui j’ai travaillé sur le film de Jean-Paul Rappeneau. Il m’a tout de suite dit oui. Je lui en avais parlé à l’époque et quand je l’ai rappelé pour que l’on se voie, il m’a dit « est-ce que je viens avec mon slip et mon bonnet de bain ? » Il avait déjà compris. À partir de ce moment, j’avais mon Bertrand. Sinon, pour Philippe Katerine, j’avais un autre personnage et c’est en parlant avec lui que j’ai eu la révélation… C’était Thierry ! Les choses se sont faites comme ça… Pour Benoît Poelvoorde, pour être honnête, c’est un peu du sur-mesure…

Comme pour tout le casting !

Pour autant, ce n’était pas écrit pour eux ! Poelvoorde, il a dit oui, il a fait une première séance d’entraînement – ils se sont entraînés pendant six mois, deux fois par semaine ! – et au bout de la deuxième il m’a dit « j’habite à Namur, faire trois heures aller, trois heures retour, deux fois par semaine pour deux heures dans une piscine, je ne vais pas y arriver. » Et il s’avère que Julie Fabre, l’entraîneur de l’équipe féminine de natation synchronisée olympique, qui s’occupait de notre équipe, me dit « ça tombe bien, j’ai ma sœur qui fait comme moi, à Namur ! » Il y avait une chance sur un milliard !

Vous évoquiez le vestiaire, où se retrouvent ces personnages au bout du rouleau… Un vestiaire qui se transforme, finalement, en réunion des « Losers anonymes » !

Ouais, c’est ça ! Comme je le disais, ça va plus loin que le sport. À un moment donné, c’est une volonté d’échange, de rencontre. Et je pense qu’il est parfois plus simple de se confier à des gens que l’on connaît peu. C’est pour ça que je ne voulais pas en faire un film de potes. Ce ne sont pas des potes ! On les voit, ils ont ce projet en commun mais sont très seuls dans la vie. Je voulais montrer cette solitude qui peut devenir euphorique quand on est en nombre. Je suis intimement persuadé que le collectif est une solution à beaucoup de choses. J’avais envie que ces gens-là se racontent sans jugement, sans cynisme.

En dehors de ce vestiaire on retrouve les trois rôles féminins tenus par Leïla Bekhti, Virginie Efira et Marina Foïs qui rayonnent !

Pour Leïla Bekhti, c’était une autre actrice qui devait jouer le rôle mais elle est tombée enceinte et allait accoucher durant le tournage ! Je connais Leïla dans la vie, c’est une fille très drôle, au caractère très puissant. Du coup, je lui ai tout de suite proposé et elle a immédiatement accepté. Elle est exceptionnelle ! Virginie, comme Marina, ça a été une évidence. Je voulais des personnages féminins très forts qui vont aider les personnages masculins à s’en sortir. Virginie représente l’esprit du sport, quand Leïla incarne la rigueur physique du sport. Et puis il y a Marina, une femme aimant son mari depuis longtemps, c’est un couple très amoureux. Je voulais une femme compatissante, qui tend la main à son mari.

… Mais qui ne le ménage pas !

C’est ça, je voulais que le mal vienne des autres, des personnes extérieures qui se mêlent de tout, de ce qui ne les regardent pas et qui ont réponse à tout. D’où une réaction assez cinglante de Marina !

D’un point de vue technique, le tournage a-t-il été compliqué ?

Ça n’a pas été simple et je vais être honnête avec vous, ça a été compliqué pour eux. Les pauvres, ils étaient dans l’eau, ils se sont entraînés, durant six mois, l’hiver… C’était loin d’être gagné ! Ils ont bossé comme des dingues ! Pour moi, au niveau technique, tourner proche de l’eau n’est jamais simple. Mais j’ai vécu un tournage très heureux, en apesanteur, grâce à eux, leur joie qu’ils avaient d’être là. Un Amalric qui voyait Poelvoorde pour la première fois ou un Alban Ivanov, venant du Jamel Comedy Club, tournant avec Jean-Hugues Anglade, l’acteur de « 37°2 le Matin »… Il y avait ce mélange qui a très bien pris !

Ils étaient tellement heureux qu’ils ont accepté de se mettre en maillot de bain moulant low-cost !

En fait, je vais vous dire un truc, on n’en a même pas parlé, c’était une sorte d’accord tacite ! C’est très inhérent au film. Et j’avais la volonté de parler du corps d’un homme de 50 ans, que l’on ne soit pas dans les diktats esthétiques. Ce ne sont pas des machines de guerre et les acteurs m’ont suivi aveuglément là-dedans !

Il y a aussi le personnage d’Avanish que personne ne comprend excepté son équipe. Vous êtes-vous inspiré de Kenny, de la série « South Park » ?

Vous avez raison, ça part de là ! En fait, ce personnage, à la base, n’était pas Sri-Lankais. Lors d’un casting sauvage, j’ai vu Tamil et j’ai trouvé qu’il avait une tête incroyable ! Du coup, je le voulais, je l’ai rencontré. Il est Sri-Lankais et parle français mais je trouvais qu’il fallait jouer avec ça et en faire une différence. Je suis donc parti sur ce truc à la « South Park », tout le monde le comprend sauf nous. Et si je garde les bouées dans la première chorégraphie, c’est parce que ce pauvre Tamil ne savait pas nager ! Il a fallu qu’il apprenne, il a eu double ration de piscine.

Pour conclure, n’avez-vous pas eu, à un moment, l’envie de passer une tête devant la caméra ?

Honnêtement, l’idée m’a effleuré l’esprit avant mais j’avais tellement de travail que je ne pouvais pas. Et puis je ne voulais pas mélanger, ce n’est pas le même métier, je ne voulais pas me servir la soupe… Mais plutôt celle de mes acteurs. Et je ne me voyais pas les diriger en maillot de bain, je ne trouvais pas ça très crédible ! Entre le costard-cravate et le moule-b… il y a une marge !

Crédits Photos : Moka Cotellon

You may also like