David et Stéphane Foenkinos – Interview

✏️ Yannick VERNINI 30 août 2017
David et Stéphane Foenkinos – Interview

« Des personnages au caractère fort »

Entretien avec David et Stéphane Foenkinos venus présenter « Jalouse » à l’UGC Ciné-Cité à Ludres.

Vous vous attaquez au thème de la jalousie… Une jalousie sous toutes ses formes ne se limitant pas qu’à la rivalité mère-fille, même si elle constitue la trame du film. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

C’est vrai que le point de départ était la jalousie mère-fille. On trouvait que c’était un thème très fort et assez peu traité au cinéma. Et progressivement, on a voulu élargir et montrer le mal-être de cette femme qui, à un moment donné, ne se supporte plus elle-même… Donc, elle ne supporte plus les autres. Puis, ce qui nous intéressait également, après « La Délicatesse », c’était de faire un nouveau portrait de femme à un moment compliqué de sa vie. Là, on a changé de génération en passant d’Audrey Tautou, qui, au moment de « La Délicatesse, avait une trentaine d’années, là on est avec une femme de 50 ans. Un moment difficile, un cap à passer qui a, en même temps, un fort potentiel comique puisque qu’elle va devenir malveillante, qu’elle ne va plus se contrôler. Elle va agir contre elle-même. Et comme on a écrit le rôle pour Karin Viard, on savait qu’elle allait apporter toute sa puissance de comédie, capable de faire les pires horreurs mais que l’on aime quand même.

Karin Viard qui incarne, qui personnifie la jalousie…

Oui… Même si elle dit « Moi, jalouse ? Non ! » Elle se défend de ça parce qu’elle n’est pas que jalouse !

C’est un peu comme le cocu… Tout le monde le sait, le voit… Sauf lui !

Ça vous appartient… Mais c’est un très bon parallèle ! (rires) Ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le déni. C’est une femme qui a été aimée, respectée, qui est belle, qui a eu une vie épanouissante et elle est subitement plongée dans cette crise à ce moment de sa vie. L’éclosion de sa fille lui fait un choc aussi. Elle n’est pas dans la jalousie, la malveillance. Elle le dit elle-même « j’agis par impulsions et après je regrette »… Elle est dans le déni parce qu’elle ne comprend pas elle-même. Elle est soumise à son corps, à des pulsions… Elle ne prémédite jamais ce qu’elle fait, ce qui permet la comédie.

Le pire dans cette histoire est que le personnage de Nathalie, joué par Karin Viard, n’est entouré que de personnes qui lui veulent du bien…

C’est aussi de là que vient la comédie. Souvent quand on est dur et malveillant avec des êtres pas très agréables, on se dit que c’est normal. Mais quand elle s’attaque, comme vous dites, à des gens qui veulent la comprendre, c’est encore pire.

On a également beaucoup de tendresse pour la belle-mère, incarnée par Marie-Julie Baup, de sa fille Mathilde qui, finalement n’est pas si naïve que ça, loin de là. Elle comprend ce qui se passe et fait tout pour que le lien mère-fille ne brise pas !

C’est exactement ce qu’on a voulu faire. C’est-à-dire un vrai personnage de comédie, complètement décalé, incapable de savoir si elle est au premier ou au second degré. Et progressivement, en s’approchant d’elle, en la comprenant mieux, on voit toute sa douceur, sa bienveillance… C’est quelqu’un qui pense aux autres. Elle très pragmatique et a du bon sens.

Du bon sens qui fait qu’elle voit la première que Karin Viard est en train de s’isoler…

Tout à fait, c’est la première qui voit ça. Et c’est elle qui pense à « Casse-Noisettes ». C’est une actrice qu’on aime profondément, une actrice de comédie extraordinaire, très connue au théâtre et trop peu utilisée au cinéma. C’est vrai que ce rôle a été écrit sur elle, c’est du sur-mesure. On est heureux que les premiers retours soient positifs, ça nous fait plaisir que vous nous parliez d’elle, c’est vraiment une actrice étonnante.

Parmi les personnages du film, on retrouve également cette jeune prof de 28 ans, incarnée par Anaïs Demoustier, et qui dit ses quatre vérités à Karin Viard…

C’est vrai qu’elle s’est retrouvée immédiatement dans un face-à-face avec Karin… Elle lui fait voir son miroir, comme un vrai pendant de ce qu’elle a pu être. Elle lui dit, « vous étiez comme moi à mon âge ». Ça nous permet d’avoir un reflet de qui a pu être Nathalie. Une femme bienveillante, qui aime ses élèves. On avait envie, pour les seconds rôles, d’avoir des personnages au caractère fort comme Anne Dorval, également. Et c’est vrai qu’Anaïs fait cinq scènes mais on les a bien toutes en mémoires.

Vous évoquez Anne Dorval qui joue le rôle d’une amie… Une amie qui encaisse tout, qui prend comme elle, comme son mari d’ailleurs ! Les deux soutiennent Nathalie qui, finalement a besoin de toucher le fond pour remonter…

Exactement. On a cette amie qui, avec son mari, se demande comment on agit face à quelqu’un qui devient extrêmement malveillant. Ils sont très déstabilisés et ils vont, finalement, essayer de l’aider. C’est un vrai sujet... L’amitié quand les proches dérapent… Ils vont très loin finalement, Nathalie ne ménage vraiment pas son amie !

Finalement, l’amitié ne donne pas forcément les armes pour sortir les gens de l’enfermement dans lequel ils sont…

Oui et de toute façon il y a une volonté de sabordage chez Nathalie… Un peu comme si elle avait du poison en elle.

Pour conclure, vous serez donc ce jeudi, à Nancy… Une ville qui vous a porté bonheur…

David : j’ai vécu des choses extraordinaires à Nancy. Si je devais en citer une ou deux, il y a ce moment fabuleux avec Françoise Rossinot, au Livre sur la Place, qui m’a invité à l’Opéra. C’est la plus belle rencontre littéraire que j’ai pu faire, devant 1.200 personnes, c’est inoubliable. Et puis, il y a un autre moment très fort… Pour le livre sur lequel j’ai travaillé pendant 10 ans, « Charlotte », la première rencontre était à Nancy. On avait fait une grande lecture avec Elsa Zylberstein, dans les grands salons de l’hôtel de ville. Et c’est vrai que ça m’a porté chance, ça a été le début d’une aventure extraordinaire ! C’est une ville où j’ai des souvenirs très importants. Et notre première vraie date de tournée pour le film est à Nancy !

 

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