Jean-Claude Camus – Interview

✏️ Yannick VERNINI 1 avril 2018
Jean-Claude Camus – Interview

Jean-Claude Camus sera en dédicaces à la FNAC vendredi 6 avril pour présenter son livre « Pas né pour ça ». Entretien sans langue de bois avec le producteur emblématique de Johnny Hallyday.

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Vous venez présenter votre livre « Pas né pour ça »… Vraiment ?

C’est ce que je me suis souvent dit dans ma vie. Chaque fois qu’il m’arrivait quelque chose d’exceptionnel, c’est une réflexion que je me faisais, je me disais « qu’est-ce que je fais là ? Si mon père me voyait… » C’est pour ça que je tenais à ce titre, que mon éditeur ne trouvait pas forcément bon, mais j’y tenais.

Lorsque l’on regarde votre carrière, vous avez vécu les grandes heures du spectacle et de la chanson. Quel regard portez-vous sur cet univers aujourd’hui ?

Oh mon dieu ! Ce métier de vrai producteur est un métier qui est en train de mourir. Il ne reste presque plus de producteurs indépendants. Maintenant, ce sont des firmes, souvent étrangères, qui sont dans les budgets et où il faut absolument dégager des bénéfices. On rogne partout. Le métier a été foutu en l’air par l’avance de 12 millions d’euros qu’a faite Monsieur Coullier, en 2010. Ce qui ne s’était jamais fait dans le métier. Jamais un artiste ne demandait une avance ou encore une garantie, ça ne s’était jamais vu. Derrière, tous les avocats spécialisés se sont engouffrés. On a vu des petits chanteurs arriver, bardés d’avocats demandant des avances… Désormais, on pense argent et non plus carrière.

Vous êtes de ces producteurs suivant vos artistes en tournée. On vous a d’ailleurs vu aux côtés de Mimie Mathy lors de sa venue à Ludres…

Ben oui, évidemment ! J’ai passé ma vie, quasiment tous les jours, sur la route. J’allais voir tel artiste puis je rentrais dans la nuit parce qu’il fallait s’occuper du bureau et ainsi de suite. Pendant des années, ça a été ma vie.

Dans ce livre, vous assénez des vérités… Mais finalement, vous avez toujours dit ce que vous aviez à dire !

Absolument. Ça a toujours été ma réputation. Je n’ai jamais été courtisan des artistes. Je leur ai toujours dit la vérité même si, parfois, cela ne passait pas bien, il faut juste trouver le bon moment pour parler à un artiste. Il ne faut pas être fan et rester lucide. On peut aimer mais ne pas être fan.

En France, vous avez été le premier à vous attaquer aux stades avec les concerts de Johnny. A quel moment cette idée un peu folle, à l’époque, vous est venue ?

Déjà, j’ai inventé ce métier. Le métier de producteur-tourneur n’existait pas en France. Quand je suis arrivé, les artistes avaient un agent, un impresario et puis c’était des associations ou des comités des fêtes qui achetaient une date. Il n’y avait pas de tournées suivies. Puis les choses ont évolué. J’ai toujours aimé le grandiose, c’est pour ça que l’on s’est si bien entendus avec Johnny, il disait « Jean-Claude ne me dit jamais non, c’est pour ça que je suis avec lui ». Du coup, ça a été une évolution de carrière normale. On est passé aux stades après Bercy. Il faut toujours voir plus loin et plus grand.

Comment avez-vous vu et vécu l’évolution de Johnny ? L’avez-vous, quelque part, construit ?

Non, on ne peut pas dire ça. Johnny est un type tellement hors norme qu’il aurait fait sa carrière. Après, oui, j’ai apporté des choses, j’ai aidé à la construction mais j’avais tous les ingrédients pour le faire. En revanche, moi, je n’aurais pas fait la même carrière si je n’avais pas eu Johnny Hallyday !

Peut-on dire alors que vous l’avez professionnalisé ?

Disons que j’ai su le guider. On a surtout fait le meilleur coup de sa carrière. C’était du temps de Nathalie Baye. Deux albums étaient sortis et ne marchaient pas, il avait un passage à vide. On passait notre temps à lui dire qu’il fallait changer de producteur de disques et lui répondait « Mais qui ? », ça l’énervait. Jusqu’au jour où l’on a réussi à monter un dîner avec Michel Berger. À la fin du repas, avec nos deux timides l’un en face de l’autre ce n’était pas facile, finalement, Johnny finit par lâcher, en balançant deux trois petits coups de pied sous la table, « Michel, est-ce que vous accepteriez de me faire une chanson ? » Il y a eu un grand blanc et Michel lui répond : « Non Johnny, pas une chanson, un album ! » Et là, ça a été un nouveau départ pour Johnny et ça ne s’est plus arrêté avec Goldman, Roda-Gil, Obispo, etc. De même qu’il doit sa longévité au fait d’être allé en Province. Quand je lui ai dit « ce n’est pas normal que les gens en Province n’aient pas ce que tu fais à Paris », il l’a tout de suite compris et admis. Sur le plan financier, c’était moins intéressant, mais il a fidélisé son public.

Quoi qu’il en soit, le public reste marqué par les événements, comme le Parc des Princes, que vous avez produits…

Quand vous êtes dans votre boulot, même si vous êtes débordé, c’est normal. Pendant 10 ans, ma fille m’a dit de faire ce livre, j’ai fini par céder et c’est maintenant que je réalise mon vrai parcours, que je me dis « j’ai fait ça ! » On a vu, hélas après le décès de Johnny, que, dans les médias on a parlé du « producteur historique Jean-Claude Camus ». Ça me touche beaucoup, ça m’émeut.

Que vous inspirent les événements autour de l’héritage de Johnny ?

Ça me fait beaucoup de peine, cela aurait été mieux de régler ces problèmes en famille. Je trouve ça très malheureux, je ne pense pas que l’on aurait dû mettre ça sur la place publique.

Vous évoquiez votre fille Isabelle, qui a, elle aussi, bousculé les codes, avec « Un Gars, une Fille » et qui n’a pas choisi la facilité malgré son nom !

Absolument. On voit que, maintenant, les télés font beaucoup de programmes courts avant les JT. Elle n’a pas utilisé son père, elle a emprunté de l’argent sans m’en parler, elle l’a fait toute seule !

Après la musique, vous vous êtes lancé dans l’univers du théâtre…

Écoutez, j’y suis entré contraint et forcé. J’avais juste fait deux-trois pièces avant. Un jour, Michel Sardou est arrivé et m’a dit « j’ai acheté le théâtre de la Porte Saint-Martin ». Je lui ai « t’as pas fait ça ! » Et comme on faisait tout ensemble, j’y suis rentré et je me suis attaché au théâtre, aux comédiens. Et puis, au bout d’un an et demi, comme tout artiste qui se respecte, il avait eu son joujou, il n’en voulait plus. C’est vrai aussi qu’il était en procès avec Tréma… Du coup je lui ai racheté ses parts. Quand je suis arrivé, les vieux directeurs de théâtre se sont demandé ce que le show-biz venait faire là ! Et finalement, j’ai réussi, je n’en reviens pas moi-même !

On vous sent heureux !

Oui, je suis un homme heureux. Je ne suis pas dans l’amertume. Je m’aperçois que j’ai eu un parcours hors norme et j’ai ce théâtre qui me donne beaucoup de joie. Et puis je retrouve mes artistes… Ma Mimie Mathy, ma Line Renaud, mon Christophe Maé que j’adore, je suis toujours dans l’ambiance !

📷 : Alexandre Marchi

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