Jean-Luc Lemoine – INTERVIEW

✏️ Yannick VERNINI 3 avril 2016
Jean-Luc Lemoine – INTERVIEW

 

©PascalitoÉtoiles

Chroniqueur incontournable de l’émission de Cyril Hanouna, Jean-Luc Lemoine passe par Ludres avec son dernier spectacle.

Vous êtes de retour avec votre dernier one-man-show « Si Vous avez Manqué le Début »… Ceux qui ont justement manqué vos débuts, que va-t-il se passer pour eux ?

Déjà, je vous conseille de ne pas manquer le début du spectacle, ce serait dommage ! (rires) Et pour ceux ayant manqué le début de mon travail sur scène, ce sera une petite piqûre de rappel. Notamment pour ceux qui m’ont connu par la télévision ou la radio. Je fais un petit regard rétrospectif sur ce qui a toujours été mon univers… Le mauvais esprit, beaucoup d’ironie, un peu d’humour noir par moments, d’irrévérence. Même si c’est cohérent avec ce que je fais en télé, j’ai toujours développé un univers plus personnel sur scène.

Cela veut-il dire que le public découvre le « vrai » Jean-Luc Lemoine, sur scène ?

En tout cas, quand je suis dans une émission de télé, que ce soit quand je travaillais chez Ruquier ou maintenant dans Touche pas à mon Poste, je suis au service d’une émission, d’un format qui n’est pas le mien. J’essaie d’être moi-même et avec l’âge, il est malheureusement trop tard pour changer. Sur scène, c’est mon univers, à 100 %. Je développe mes idées et mes points de vue… Surtout, j’ai le temps de les développer.

« Développer »… On ressent chez vous une grande exigence dans votre travail d’écriture…

Oui, à la fois parce que je viens de là, j’ai toujours aimé l’écriture et j’ai gagné ma vie, dans les années 90, en écrivant. À la base, ça a donc toujours été un plaisir. En même temps, je suis quelqu’un d’assez méticuleux. À chaque fois – c’est mon quatrième solo –, je voulais avoir des one-man-show très écrits pour pouvoir aussi m’en échapper. Ce n’est pas fermé. Surtout celui-ci, qui est certainement le plus ouvert des quatre, il y a une base très écrite pour pouvoir parler, échanger avec les gens. En même temps, je me dis que les personnes payant une place de spectacle méritent quelque chose de bien travaillé.

Avec un cursus scientifique, vous n’étiez pas prédestiné à l’écriture… Ce parcours vous aide-t-il dans votre analyse de notre société, à aller à l’essentiel ?

Vous avez tout à fait raison. À la base, je ne me suis jamais vu comme un littéraire. Avec mon bac C, j’étais plutôt un matheux. C’est vraiment ça qui m’intéressait. Et finalement, mon travail, y compris celui à la télé, c’est de l’analyse… Je traque souvent les petites entorses à la logique. Je suis très cartésien et très logique, je repère assez facilement les trucs qui sont illogiques…

La radio, la télévision, la scène, passez-vous de l’un à l’autre facilement ?

Au départ, je faisais l’erreur de tout vouloir gérer en même temps. Désormais, j’ai un emploi du temps assez militaire… Le matin j’enregistre à la radio, après je suis en télé et il y a eu un moment, à Paris, où j’allais jouer après la télé. Le planning est très serré. La seule façon de le faire est de prendre les choses les unes après les autres, de m’investir à fond dans ce que je fais, au moment où je le fais, sans anticiper sur le reste. Sinon, c’est le meilleur moyen de tout faire mal.

Ce cloisonnement, finalement, on le ressent… On n’a jamais le sentiment que vous êtes en promo lorsque vous être sur le plateau de Touche pas mon Poste…

C’est vrai… Et honnêtement, je ne sais pas si j’ai raison ! Il y a des producteurs, avec qui j’ai travaillé par le passé qui, justement, m’en faisaient le reproche. Il y a des humoristes, effectivement, qui, lorsqu’ils sont au service d’une émission – je ne parle pas quand ils sont invités – et qu’ils ont un spectacle, on a l’impression que c’est une bande-annonce permanente et qu’ils sortent leurs personnages de scène dans leurs programmes. J’ai toujours essayé d’être le plus honnête possible. Je n’ai jamais calculé ça. Je suis persuadé que les personnes qui paient pour un spectacle méritent quelque chose de différent. On est à une époque où l’on a envie de consommer et comprendre les choses rapidement. Souvent, le fantasme qu’ont les producteurs c’est de se dire que quand les gens vous voient une demi-heure à la télé ils doivent avoir tout compris de votre univers. Après seize ans de télé, j’ai le sentiment d’être installé dans l’esprit des gens sur la longueur…

Installé avec une marque de fabrique… En l’occurrence le Médiateur, chez Laurent Ruquier, devenu Les Questions en 4/3 chez Cyril Hanouna…

En effet… C’est vrai qu’il y a une filiation naturelle entre ce que je faisais chez Ruquier et TPMP. Je suis retombé sur des vidéos du Médiateur lorsque j’étais dans On n’est pas Couché, c’était les prémices… Ce n’était pas du tout la même commande. Chez Ruquier, je venais souvent après un clash provoqué par Eric Zemmour ou Eric Naulleau. J’étais là pour détendre l’atmosphère en me moquant, surtout, de Naulleau et Zemmour…

Qui l’acceptaient bien !

Ils l’acceptaient remarquablement bien ! J’ai toujours eu la chance de travailler avec des gens qui avaient de l’autodérision. Dans Touche pas à mon Poste, c’est différent. Il n’y a pas de clash comparable. Il n’y a pas besoin de faire redescendre la température. J’ai conçu ça plus comme une sitcom en dégageant des traits de caractères, en essayant de montrer des traits des personnalités de mes camarades. Enfin, la différence est que dans TPMP, je ne suis que sur les off , alors que dans On n’est pas Couché, j’étais sur les in.

Il y a en revanche un point comme entre ces deux programmes, c’est la liberté que l’on vous laisse… On ne vous impose rien…

Non, du tout ! J’ai eu la chance de bosser avec ces personnes qui m’ont laissé cette liberté. Après, c’est une relation de confiance. Ils savent que je ne joue pas contre mon équipe. J’aime bien bousculer, flirter avec la ligne, mais ce n’est jamais dérangeant au point qu’un gros malaise s’installe sur le plateau. Et quand il y en a un, ça vient toujours d’un malentendu. Je fais très attention à ce que je présente…

On sent une confiance qui s’est instaurée entre vous et les chroniqueurs, comme avec le public… Et sans jamais être lisse !

J’aime bien gratter… Comme vous le dites, je n’aime pas être lisse. Je préfère rire avec les gens plutôt que de rire contre les gens. Après, on est évidemment dépendant de l’autodérision des personnes auxquelles vous vous adressez. Parfois, sur certaines émissions, des gens ne savaient pas trop comment m’aborder… Comme je n’étais pas là à rire de mes blagues, ils se demandaient si c’était méchant ou pas !

Vous ne laissez, en effet, rien transparaître…

Ce n’est pas un personnage, j’ai toujours été comme ça, depuis que je suis gamin. J’ai toujours été assez sensible à ce genre d’humour, avec un certain flegme britannique. Mais on est dans un pays plus latin et ça rassure tout le monde que, quand vous faites une blague, vous rigoliez ou que vous rajoutiez « c’était pour rire » ! Et je pense que le faire en permanence, c’est aussi prendre les spectateurs pour des idiots.

Pour revenir à la scène, seriez-vous prêt à la partager, que ce soit en duo, à l’écriture ou à la mise en scène ?

Oui, évidemment. S’il y a un joli projet, je suis très ouvert à ça. Le duo, c’est plus difficile. C’est bien quand vous êtes plus jeunes dans le métier. Pour moi, c’est comme la colocation. Un bon duo, c’est quelque chose qui se construit sur la longueur. Par exemple, ce que je trouve formidable chez Eric et Ramzy, c’est que l’un peut finir les phrases de l’autre.

Pour finir, vous êtes là, à répondre aux interviews pendant que vos potes de TPMP sont à Las Vegas… Pas trop déçu ?

Non, pas du tout. Il y avait juste une semaine où j’aurais pu partir à Las Vegas et pour des raisons de visa, ce n’est pas tombé dans celle-ci. À choisir, je suis très content d’aller faire mon spectacle, il n’y a vraiment aucune frustration. Je pense qu’ils vont vivre une belle expérience. Il y a une belle bande qui est partie. En même temps, ça va être beaucoup de boulot. De nombreuses images vont être filmées. La différence entre eux et moi est que je pense que, dans l’émission de lundi, j’aurai moins de cernes qu’eux ! Ça risque d’être drôle, on va voir quelques zombies à l’écran !

 

 

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