Jean-Marie Bigard -“Je m’accroche aux aiguilles de la pendule”

✏️ Yannick VERNINI 25 mars 2019
Jean-Marie Bigard -“Je m’accroche aux aiguilles de la pendule”

Entretien sans filtre avec un Jean-Marie Bigard en grande forme !

Tu es de retour avec ton dernier spectacle « Il était une fois »… Ceux qui ont loupé le début vont pouvoir découvrir cette incroyable carrière !

Ben oui ! Ils vont rattraper, pour ceux n’ayant rien vu de moi, leurs 33 ans de retard. Du coup, j’ai fait un truc très démocratique, si j’ose dire. J’ai fait voter 5.800 personnes qui ont classé leurs 20 sketchs préférés. Avec ça, j’ai tricoté un spectacle, changeant chaque soir selon mon humeur. Là, j’ai vu apparaître des sketchs qui n’étaient pas hyper connus mais que j’adorais comme Le Ninja ou le Putain de Pauvre. J’étais ravi de voir qu’ils figuraient dans cette sélection « officielle » du public.

Tu es finalement en roue libre…

Exactement ! Et je suis libre comme le vent, c’est un bonheur pour moi. Je rentre sur scène et je leur dis « le sketch classé numéro un est Le Lâcher de salopes, comme par hasard ». J’ai le plaisir de pouvoir leur dire que je ne pourrai plus jamais l’écrire aujourd’hui. Mais comme il a été écrit il y a 18 ans, j’ai le droit de leur refaire.

Le refaire avec la bénédiction du public…

Oui et personne ne peut m’interdire quoi que ce soit quand je suis sur scène. Je suis l’exemple vivant que l’étau se resserre sur nous… Il y a deux ans, Patrick Sébastien vient me voir et me dit « j’aimerais que tu viennes me faire le Lâcher de salopes ». Il reçoit une lettre de sa direction et du CSA, lui demandant de le passer après 22 h et de l’étiqueter « interdit au moins de 12 ans ». T’y crois, toi ? Finalement, j’ai fait comme je voulais, sûrement grâce à mon ancienneté.

Ressens-tu une différence entre le public de Paris et celui de Province, vous qui êtes sans doute le plus provincial des humoristes !

Absolument ! Je ne suis pas assez délicat pour le Parisien moyen, pour l’intelligentzia comme on dit ! Je suis retombé sur une interview de Philippe Bouvard où Eve Ruggieri lui dit « vous avez dû louper des gens qui sont devenus connus ? » Il a dit « oui, Dany Boon et Bigard que je trouvais trop vulgaire ». Ce qui est une farce absolue, il me suppliait de venir aux Grosses Têtes pour m’envoyer sur les trucs les plus colorés et il en était ravi ! Ravi de goûter ma truculence, comme il le disait !

Une truculence qui ne te dessert pas, lorsque tu donnes ton avis, les gens t’écoutent, notamment en ces temps de tension…

Bien sûr, je suis un artiste populaire, près du peuple, les gens sont venus me voir. Tu veux un scoop ? Le mouvement des Gilets jaunes devrait être mondial ! Nous sommes les champions du monde la révolte, de la révolution ! Quitte à aller jusqu’à l’extrémité, c’est notre spécialité, on a coupé, à l’époque, la tête de notre roi ! J’aimerais que les Gilets jaunes soient les précurseurs d’une révolution mondiale. On lèche le cul à de puissants groupes industriel qui font plier la morale. Il ne faut pas aller à la chasse aux petits, allons tous à la chasse aux gros ! Si Macron avait fait ça, le peuple se serait mis debout avec lui ! Il y a des milliards à prendre ! Quand tu bosses comme un âne, que tu paies tes impôts et que tu n’arrives pas à joindre les deux bouts, il y a un problème, t’es forcément en colère !

Pour revenir au spectacle, tu as fait jusqu’à 200 dates par tournée. Comment se prépare-t-on à un tel marathon ?

Physiquement, je ne sais pas comment je fais. Je m’endors et le lendemain, je me réveille ! C’est un miracle. En ce moment, je joue mon dernier one-man-show, une pièce de théâtre avec Patrice Laffont et j’ai lancé un artiste belge, énorme raconteur de blagues… Et on fait un spectacle de blagues ! Ça ne me laisse plus un jour pour regarder grandir mes jumeaux de 6 ans. Quand je ne les vois pas une semaine, c’est comme si je loupais 20 minutes d’un film !

C’est ce qui t’a décidé à arrêter le one-man-show ?

Oui, je veux essayer de gagner du temps, je m’accroche aux aiguilles de la pendules pour profiter de ces secondes passées avec mes enfants, je suis une personne âgée maintenant ! L’autre jour, Jules me voit sortir péniblement de la banquette et il me dit, « t’es vieux papa », je lui réponds « ben ouais »… Lui me retourne « donc tu vas mourir ! »… « Oui, mais pas tout de suite ! » Il encaisse et revient me voir 10 minutes après et lance : « Mais tu vas rester mort longtemps ? »

Finalement, vous êtes toujours bel et bien vivant !

Ben ouais, j’ai un peu la bite molle mais je me soigne ! Pour ça, je prends du Jailabitemolle en 250 mg effervescent et du Nikafond 500 mg. Ça marche, demande à ta pharmacienne !

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