Jean-Paul Rouve – “J’aime filmer la vie”

✏️ Yannick VERNINI 8 novembre 2018
Jean-Paul Rouve – “J’aime filmer la vie”

Il sera présent ce jeudi, accompagné de José Garcia, à l’UGC Ciné-Cité de Ludres, pour présenter son film « Lola et ses Frères ». Entretien avec l’exigeant Jean-Paul Rouve.

Après l’adaptation de son roman « Les Souvenirs », vous avez une nouvelle fois travaillé avec David Foenkinos pour le scénario original de « Lola et ses Frères ». Comment s’est passé le travail d’écriture ?

Ça s’est très bien passé. On s’entend très bien avec David, on a le même humour. On a le même intérêt pour les petites choses de la vie, les rapports humains, de façon générale, et familiaux, bien sûr… Tout ça est tellement fluide et simple, j’ai beaucoup de chance de l’avoir rencontré, c’est une entente parfaite dans le travail.

On retrouve le soin apporté à l’écriture dans le casting avec des personnages très travaillés…

Bien sûr, heureusement. C’est le plus important. Choisir le bon acteur pour le rôle. Et ce, quel que soit le rôle. Je mets autant de soin pour les rôles principaux que pour les rôles secondaires ou même les petits rôles où il n’y a qu’une phrase à dire. C’est aussi important, je prends du temps pour choisir. Je sais que c’est bien parce que l’on m’en parle beaucoup, ça me touche.

Parmi les rôles principaux, on a Ludivine Sagnier jouant cette sœur servant de socle à cette famille… Parfois, elle endosse même le rôle de la mère…

Exactement, c’est la petite sœur étouffée par ses deux frères. C’est ce qui nous amusait avec David, elle a pris le rôle de la mère parce que ce sont des mômes !

Des mômes qui ne voient pas quand elle ne va pas bien…

Tout à fait. Ils sont très égoïstes. Ils ne se rendent pas compte qu’elle est leur socle. Ils ont l’impression qu’ils la protègent alors que c’est tout le contraire.

Il y a également Bruno Garcia, à la fois touchant, émouvant, rude, drôle et maladroit, livrant une belle prestation dans un registre qui n’est pas forcément le sien…

Oui, il est la vie ! Mais José a fait d’autres films comme ça, comme « Le Couperet », de Costa Gavras. C’est vraiment un acteur complet et ce film est arrivé à un bon moment dans sa vie, il avait envie de revenir à un « rôle de la vie ».

Une vie faite de belles rencontres pour ces deux frères avec, notamment, un Ramzy tendre. Extérieur à cette famille, il est le seul à comprendre ce qui se passe…

Exact. Il est le seul personnage ayant la tête sur les épaules et les pieds sur terre. Il est un peu spectateur, en fait. C’est un peu nous qui regardons cette famille. Il est très observateur de tout ça.

Observateur mais avec beaucoup de pudeur…

Il a beaucoup de pudeur, en effet. Une pudeur flottant un peu sur tous les personnages. Il y a beaucoup de non-dits. C’est un sentiment qui nous intéressait avec David. On ne se dit pas beaucoup les choses dans la vie, on n’ose pas.

En parallèle, on retrouve la quête de tout être humain, magnifiquement illustrée par la chanson de William Sheller, « Un homme heureux »…

Exactement, j’ai mis un soin particulier dans le choix des chansons. Je voulais qu’elles soient en cohérence avec les personnages, qu’elles soient dans leurs univers. Je n’aime pas les films où les chansons sont plaquées, c’est un peu du clip. Ça m’ennuie, ce n’est pas suffisant, je veux qu’il y ait du sens…

Comme pour vos décors, solidement ancrés dans la réalité…

C’est indispensable. J’aime filmer la vie. Le cinéma, c’est un cadre, une lumière, une perspective… Ce sont des choix. Je n’aime pas transformer la réalité, je l’aime telle qu’elle est. J’aime poser ma caméra pour la rendre cinématographique.

Vous évoquiez les seconds rôles, on retrouve enfin, à l’écran, Philippine Leroy-Beaulieu…

Oui ! C’est une actrice que j’adore, que j’aime beaucoup. Ça fait longtemps que je pense à elle mais je n’avais pas de rôle à lui proposer. J’étais ravi qu’elle accepte.

On croise aussi le pétillant Gabriel Naccache, votre stagiaire dans « Le Sens de la Fête »…

C’est là que je l’ai rencontré pour le rôle. J’étais en écriture de mon film puis j’ai fait mon casting. J’avais Gabriel en tête. Il n’est pas acteur, à la base. C’est un étudiant brillant que j’ai trouvé formidable dans « Le Sens de la Fête »… Sa gentillesse, son humanité, son professionnalisme… Je lui ai fait passer des essais, il a été et il est formidable !

Crédits Photos : Christophe Brachet

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