Laurent Tirard – Interview

✏️ Yannick VERNINI 16 janvier 2018
Laurent Tirard – Interview

Faire, en 2018, un film « en costumes » n’a pas dû être simple !

Non, pas du tout ! Avec Jean Dujardin et Mélanie Laurent, ça peut paraître étonnant mais tout le monde nous a dit que le public ne voulait plus voir de film en costumes. Je pense le contraire ! En tant que spectateur, ça me manque et je fais des films que j’aimerais voir. De plus en plus, on a du cinéma ressemblant à du téléfilm, ça manque de souffle. Ça n’a pas été évident !

Vous retrouvez Jean Dujardin qui trouve, avec le capitaine Neuville, un rôle sur mesure dans lequel il donne toute la mesure de son talent. Il fait rire, fait passer de l’émotion, il sait être cynique…

Le rôle a été écrit pour lui. Je voulais faire ce film depuis « Le Petit Nicolas ». Mais les films se sont enchaînés. Et quand on a travaillé avec Jean sur « Un Homme à la Hauteur », je lui en ai parlé en lui disant « je ne vois qu’un seul acteur pour incarner ce rôle, c’est toi ! » Je lui ai pitché le film et il a adoré. Je l’ai écrit et il a pu participer à l’élaboration de son personnage.

Du sur-mesure que l’on ressent également pour le personnage d’Elisabeth interprété par une Mélanie Laurent à la fois froide, sérieuse, bienveillante, honnête… Mais également au moins aussi manipulatrice que Neuville !

Oui mais à sa façon. Elle agit toujours pour le bien d’autrui. Quand elle écrit les lettres, elle le fait pour sa sœur. Mais oui, c’est une héroïne intrigante et très cérébrale. Pour le coup, le rôle n’était pas écrit pour elle. Il était très inspiré des héroïnes des romans de Jane Austen qui sont des personnages forts, assez manipulatrices, conscientes de l’environnement et sachant en jouer avec les codes de leur époque. Mélanie, c’était un choix audacieux et fort. Je voulais un personnage fort et moderne, en décalage avec son époque. Je voulais que ce soit une femme d’aujourd’hui affrontant ce type très macho et très sûr de lui.

Le duo fonctionne très bien et vous lui avez imposé un tournage éprouvant entre la chute dans l’eau de Mélanie Laurent et Jean Dujardin remontant à cheval…

C’est la première fois que Mélanie Laurent fait une comédie ! Pour le tournage, il a été compliqué. Comme je l’ai dit, on a eu beaucoup de mal à le monter et on a dû tourner dans un temps réduit, ce qui n’est pas simple pour un film en costumes. Idéalement, il aurait fallu dix semaines, on l’a fait en huit. Tout le monde était conscient des difficultés et tous ont fait preuve d’une extrême bonne volonté. Ça a été un tournage studieux et exigeant que soit physiquement ou en terme de rythme.

Sur le tournage, le choix des décors naturels a dû vous poser des contraintes supplémentaires…

Oui mais je préfère, surtout quand on fait un film d’époque. Bien sûr, il y a moins de confort que dans un studio. Mais que ce soit pour moi, metteur en scène, ou pour les acteurs, être dans un lieu vraiment chargé de choses, d’une histoire, ce n’est pas pareil. Alors oui, il faut composer avec mais on arrive dans le décor et on est dans la scène !

Quant aux peronnages, ils finissent par être à contre-courant de ce qu’ils sont au départ, à l’image de Pauline, la sœur, qui n’est pas si sage que ça…. Le capitaine est tout sauf un héros et Elisabeth n’est pas si bienveillante que ça…

C’est ça. L’idée est, autant que possible, de surprendre. Mettre un personnage dans une situation et se demander comment il va s’en sortir ! Et puis il est toujours intéressant de montrer que les personnages ont plusieurs facettes. Je veux que mes personnages soient attachants, j’ai besoin de les aimer et que les spectateurs les aiment.

Ce qui est le cas, on n’a pas envie d’en vouloir à Neuville…

Bien sûr ! Je crois que l’on est tous, quelque part, attirés par les escrocs, il y a quelque chose de formidable, on veut tous être ce personnage qui transgresse.

Pourquoi avoir choisi le XIXe  siècle ?

Pour plusieurs raisons. Déjà, il y a cette passion pour l’univers de Jane Austen et ses personnages ancrés dans le XIXe  qui est plus romanesque, plus romantique plus épique que le XVIIIe. Le XXe  ce n’était pas possible. Et puis, pour moi, en sous texte, le film est un western ! D’où la musique. Cette époque s’y prête vraiment bien !

Sans la dévoiler, vous avez opté pour une fin ouverte. La scène finale, même si on sait ce qu’il va se passer, est irrésistible ! L’aviez-vous en tête dès le début ?

J’en parlais avec un scénariste avec qui j’ai travaillé et on se disait que, quand on écrit une comédie, il y a une promesse implicite pour le public. Il attend quelque chose. Si on lui donne trop rapidement, il est déçu, si on ne lui donne pas, il est frustré. Il faut toujours arriver à lui donner mais en étant suffisamment malin pour qu’il soit quand même surpris et qu’il ait de la satisfaction. C’est assez compliqué !

📷 : Christophe Brachet

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