Le joli désordre d’Angèle

✏️ Yannick VERNINI 5 septembre 2018
Le joli désordre d’Angèle

L’ange belge sort, enfin, son premier opus.

Avec « Brol », Angèle confirme qu’elle joue dans la cour des grands.

Elle a fait le tour des festivals cet été. Angèle a notamment fait étape au Jardin du Michel à Toul (54) pour un set aérien envoyé par l’ange du festival. Cet angélisme, l’artiste le cultive et s’en sert malicieusement pour nourrir ses créations.

Avec « Brol », qui signifie « désordre » chez nos amis belges, la sœur du phénomène Roméo Elvis livre un premier album précis, à la fois joyeux et très musical. Un opus très attendu qui confirme le statut de cette comète de 22 ans qui ne sera pas que de passage. « La thune », « Je veux tes yeux » et « La loi de Murphy » ont donné le ton depuis la fin de l’an passé avec des clips mettant en images cet univers où les questions fusent et où la société dans laquelle nous vivons ne manque pas d’être brocardée. « La thune » nous entraîne dans un road trip haut en couleur avec ses flingues en or… Dessoudant les réseaux sociaux, ce que pensent les gens ou encore ces personnes seules avec leur argent et leur entourage artificiel n’en voulant qu’à leur « thune »… « À quoi bon, t’es tellement seul derrière ton écran, tu penses à ce que vont penser les gens, mais tu les laisses tous indifférents… » Tout est dit ! Comme dans « La loi de Murphy » et la gigantesque lessiveuse dans laquelle passe irrémédiablement le citoyen.

Avec « Brol », Angèle déboule avec douze pépites qui varient les plaisirs, apportant, au passage les morceaux manquants du puzzle composant son univers, sorte de désordre sous contrôle. Dans « Balance ton quoi », elle veut casser les codes du rap, qui « marche mieux quand il est sale », avec une « fille qui l’ouvre, ce serait normal ». Et l’artiste angélique ne s’en prive pas, « même si elle ne passera pas à la radio parce que ses mots ne sont pas si beaux » ! « Jalousie » adoucit radicalement les traits et le duo avec le frangin Roméo Elvis, « Tout oublier », explique, le plus simplement du monde, que le « spleen n’est plus à la mode » et qu’il n’est « pas compliqué d’être heureux ». Le rappeur belge sort de son registre habituel et se fond dans l’univers d’une sœur qui n’a pas fini de surprendre.

« Nombreux », ballade mélancolique, calme le jeu, « Victime des réseaux » apporte une note groovy pour dénoncer les faux-semblants de cette jungle dans laquelle elle est pourtant très à l’aise mais sur laquelle elle pose un regard diaboliquement juste et acéré. Et si « Les matins » sont propices à l’analyse pour la jeune femme, « Ta reine » a bien du mal ouvrir les yeux… Son roi est désemparé et ne parvient pas à se recentrer sur l’essentiel.

« Flemme » et « Flou » ferment en beauté ce premier chapitre de la carrière d’Angèle qui, tel un ange qui passe, séduit, surprend, hypnotise celles et ceux qu’elles croisent. « Brol » s’écoute d’une traite… Et réussit le tour de force à ne pas devenir lassant lorsqu’il passe en boucle. Après les festivals, une tournée se profile… Un grand boulevard s’ouvre à Angèle qui est d’ores et déjà devenue incontournable.

Crédits Photos : Alexandre Marchi (Couverture)

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