Léa Paci – Interview
Interview Rencontre

Léa Paci – Interview

Léa Paci_Yann Orhan4« J’essaie juste d’en profiter au maximum ! »

Léa Paci a déboulé tel un boulet de canon sur les ondes, l’automne dernier, avec son single « Pour aller où ». Sur son petit nuage tout en gardant les pieds bien sur terre, elle savoure chaque instant depuis la sortie de son premier opus, « Chapitre 1 ». Rencontre avec une jeune artiste droit dans ses pompes.

Ton single est sorti à l’automne dernier, te souviens-tu de la première fois où tu l’as entendu à la radio ?

Oui ! J’étais dans la voiture avec mes parents. On avait été faire du shopping ! Et là, ils annoncent « et tout de suite, Pour aller où ? de Léa Paci ». Sur le coup, on ne réagit pas du tout et on commence à voir Léa Paci qui défile sur l’écran de la voiture. Et là, mes deux parents ont été encore plus fous que moi de voir leur nom. Moi, j’ai complètement halluciné… Je pense que je n’ai pas du tout réagi, je leur mettais le titre dans la voiture depuis longtemps, avec mon iPhone alors que le titre n’était pas sorti. Et là tu te dis que toutes les personnes qui sont dans leurs voitures comme moi, potentiellement, m’écoute moi ! C’est hyper bizarre comme sensation, tu te dis ça y est, j’ai lâché le bébé, c’est parti ! C’est encore pire lorsque l’album sort, tu te poses encore plus de questions.

On a le sentiment que les gens se sont appropriés « Pour aller où ? »…

Complètement ! J’ai reçu des interprétations à mille lieues des raisons pour lesquelles j’avais fait ce morceau. « Pour aller où ? » est arrivé à un moment où j’avais rencontré les garçons – Tristan Salvati et Yohann Malory – et où on faisait de la musique… Moi, je me disais, qu’est-ce que je fais ? Je suis dans mes études, est-ce que j’arrête, est-ce que je continue ? C’était vraiment une période de doute… Ce moment où tu t’aperçois que tu as 19 ans, que tu vas devenir une adulte et que ça ne te fais pas super plaisir… Que les choix que tu fais vont vraiment impacter toute ta vie… Pour moi, « Pour aller où ? » c’était ça et j’ai reçu des messages de parents me disant lorsque j’écoute le morceau, je me demande dans quel monde mes enfants vont évoluer… C’est le plus intéressant quand on fait de la musique, et c’est pour ça que je le fais, autant j’aime être dans une interprétation qui est la mienne et raconter un bout de mon histoire et de ma vie, autant quand on voit que les gens se la sont appropriée, on se dit que l’on a bien fait le boulot.

Comment as-tu géré tout l’engouement qui a suivi ?

Dans les Uber, c’est très bizarre, je me fais toute petite ! Je fais comme si c’était pas moi. Je n’écoute pas, en fait. J’entends que c’est moi mais j’essaie de ne pas écouter, je trouve ça super gênant ! Je n’avais jamais fait de scène, ni prévu de faire véritablement de la musique dans ma vie… Là, ce sont plein de portes qui se sont ouvertes, des opportunités que j’ai saisies… tout cela était trop beau pour dire non ! Mais quand on ne l’a pas prévu, on n’a pas cette attente-là. Pour moi, quand c’est arrivé, c’était juste du bonus dans ma vie… Et c’est toujours l’impression que j’ai, que c’est une capsule dans ma vie, un moment un peu improbable qui se passe. Du coup, j’essaie juste d’en profiter au maximum ! Il y a tellement de copains qui auraient aimé être à ma place et c’est peut-être moi qui en rêvais le moins.

A l’image de Malo’, Juliette Armanet, Alma, Vianney… Tu fais partie de cette génération ayant percé sans passer par les télé-crochets…

Même si je ne dénigre pas ces émissions-là qui m’ont contactée qui offrent une visibilité de dingue, je trouve génial que des artistes comme, Juliette Armanet, Alma, Malo’, Vianney ou encore Tibz percent sans passer par la télé. On est là, et on se dit que l’on va chanter du français, de la pop-variété, on va l’assumer. Et même si ça met six mois de plus pour nous, honnêtement, la fierté n’est pas la même.

Etre signée dans label comme Elektra qui, même s’il dépend de Warner, laisse le temps aux artistes de se développer et qui les accompagne, joue-t-il un rôle important ?

Quand Elektra m’a contactée en août 2016, ça m’a tout de suite intéressé. Ça a été la même rencontre que lorsque j’ai croisé mon auteur et mon producteur. C’est-à-dire pas de pression, un label en développement, pour qui, finalement, j’allais devenir le patrimoine. Eux avaient autant besoin de se développer que moi de me développer. Il y a immédiatement eu une belle énergie et une synergie entre nous tous. On s’est dit on va tous aller dans la même direction. Moi, j’ai besoin de vous, et vous, vous avez besoin de moi pour faire votre réputation aussi. Il y a un truc vraiment excitant pour tout le monde.

Un label qui te correspond, donc, toi qui es une artiste à qui, visiblement, on n’impose pas les choses…

C’est ça ! C’est l’avantage d’Elektra qui, même s’il est hébergé par une major comme Warner, il fonctionne vraiment comme un label indépendant avec des équipes réduites et donc un dialogue beaucoup plus simple à instaurer. Et c’est vrai, malgré mon jeune âge, j’avais déjà des idées bien précises de ce que j’avais envie. Mais je ne leur ai jamais rien imposé. Eux, ont l’expertise du milieu. En revanche, je leur ai expliqué… C’est album qui raconte ma vie et la seule personne qui peut la raconter correctement, c’est moi !

A côté de tout ça est-ce que tu as des envies de collaborations avec d’autres artistes ?

De plus en plus, oui. Sur le premier album, je n’y avais pas pensé dans la mesure où je n’avais pas prévu de le sortir, ce n’est pas arrivé dans le processus de travail. Mais évidemment, quand on a un pied dans le milieu, on rencontre des personnalités, des artistes, des auteurs, des gens formidables ! Je suis tombée amoureuse de la façon d’écrire de Ben Mazué, qui est un artiste que j’adore, comme Juliette Armanet, Vianney… Ce sont vraiment des artistes dans lesquels je me reconnais. Je dois voir Ben Mazué assez rapidement, j’adorerais qu’il m’écrive un titre ! C’est là que l’on se dit que la musique est vraiment un partage.

Tu parles de Vianney qui vit toujours en coloc avec ses potes… Est-ce que toi, l’avenir tu le vois aussi comme ça, c’est-à-dire une vie sans grands chambardements…

En huit mois, ma vie n’a pas changé d’un fil… Mis à part que j’ai toujours chez moi une valise remplie, que je connais les Starbucks de toutes les gares et de tous les aéroports, je sais où sont les prises ! A part ça, mes amis sont mes amis d’avant et ça restera mes amis ! J’ai fait en sorte que mon lien avec ma famille et mes amis ne change à aucun moment. Avoir un cercle autour de soi est très important. Quand je rentre de promo, je n’ai pas envie d’être Léa Paci l’artiste, juste Léa avec ses parents autour de la table, en train de manger le repas du dimanche, de se raconter des blagues, sa semaine, comme on le faisait quand j’étais à l’école. Et avec mes potes, quand on est en soirée, parfois ils me parlent du boulot… Et je leur dis, on en parle dix minutes de votre boulot, considérez que pour moi, c’est pareil !

Un job normal pour toi ?

Ce n’est pas du tout normal ce qu’on fait ! Parfois on se dit que c’est complètement improbable de faire ça de sa vie. Après, il faut que j’arrive à le faire avec autant de passion avec ce côté ce n’est pas un métier, mais il faut aussi faire comprendre aux gens que c’est un métier. Ma vie personnelle n’a pas changée, c’est juste ma vie professionnelle qui a changée ! Il faut arriver à séparer les deux et c’est d’autant plus compliqué que j’ai gardé mon nom et mon prénom. Dans l’inconscient des gens, je suis la même personne.

On a évoqué la première fois où tu as entendu ton titre à la radio… Et la première fois où tu es allée le défendre sur scène ?

C’était un plateau, à Mulhouse, avec la radio Flor FM, devant 5.000 personnes. Je n’étais jamais montée sur scène de toute ma vie, j’ai cru mourir ! Véritablement, j’ai cru que j’allais m’évanouir et que je ne pourrais pas monter sur scène… Et en fait, je m’en rappelle très bien, je suis montée sur scène et j’ai été obligée de parler. Je me suis dit s’ils me mettent le PBO (la bande-son) maintenant, il n’y a pas de son qui va sortir, je ne vais pas pouvoir chanter… J’ai dû faire un truc du genre ça va Mulhouse ? avec une voix qui ne s’alignait pas. J’étais tétanisée, complètement rigide… Puis je me suis jetée à l’eau. Et maintenant, plus on en fait, plus on trouve ça trop bien !

Parmi les artistes qui « t’influencent », tu sites souvent Woodkid…

Woodkid a ce côté fantastique, c’est presque de la science-fiction. J’admire la manière dont il gère et son son, et son image. Aujourd’hui, on ne fait pas juste de la musique. Les réseaux sociaux, les clips… qui deviennent des courts-métrages… Et lui le fait merveilleusement bien. Il a clipé Lana Del Rey, c’est juste incroyable. Il démontre une force, dans son domaine, qui est folle ! On le sent dans ses morceaux.

Pour revenir à la scène, après les premières parties, est-ce qu’une tournée se profile ?

L’envie est là ! Pour le moment, on repartirait, potentiellement, avec Christophe Maé, en septembre, sur sa tournée des Zénith. C’est une très bonne nouvelle. De notre côté, on a organisé un show-case hier – le mardi 4 juillet – et on avait cinquante places à donner. On s’est dit on aura 100-150 demandes… On en a eu 800 ! C’est plutôt bon signe ! Une tournée… Evidemment que ce serait la consécration. Un album studio, en lui-même, c’est sympa, mais très personnel, c’est presque égoïste !

Pour conclure, tu as fait du théâtre dès l’âge de 6 ans… Et ce, durant onze années. Est-ce que l’envie de revenir au théâtre, ou au cinéma d’ailleurs, est présente ? Cette porte reste-t-elle ouverte ?

Elle est même grande ouverte ! C’est une baie vitrée qui est largement ouverte sur le futur. Pour moi, cet album, c’est un aboutissement, un premier pas dans le milieu artistique avec des rencontres de dingues et une visibilité incroyable dont il faut profiter et apprécier à sa juste valeur. J’ai commencé le théâtre à 6 ans. Cela m’a fait grandir, m’a ouvert l’esprit et m’a apporté ce goût de la scène, du partage, de la comédie… Et, évidemment, si demain j’avais l’opportunité de faire quelque chose dans ce domaine-là, j’y retournerai avec grand plaisir. Mais encore une fois, je suis dans une démarche où j’essaie de prendre le temps. C’est que j’ai fait pour cet album que je défendrai jusqu’au bout. Et après, on verra. Je ne suis pas partisante de faire plein de choses en même temps. J’ai mis deux ans à donner vie à cet album, s’il faut mettre deux ans pour le défendre, je le ferai complètement ! En même temps, si demain on me dit il y a une pièce et on aimerait que tu joues dedans, je serais incapable de dire non, je suis passionnée de ça aussi. Ça me procure deux sentiments qui n’ont rien à voir !

📷 :Yann Orhan

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