Lorraine Lévy – Interview
Cinéma Interview

Lorraine Lévy – Interview

CED_1621📷 : Cédric Jacquot

La réalisatrice était à l’UGC Ciné Cité de Ludres, ce lundi soir, en compagnie d’Omar Sy, Alex Lutz et Rufus. Entretien avec Lorraine Lévy qui vient présenter en avant-première « Knock ».

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter une nouvelle fois « Knock ou le Triomphe de la médecine », la pièce de Jules Romains ?

L’adapter une nouvelle fois… C’est un tout petit peu en décalage avec mes intentions. La dernière remonte à 1951, avec l’immense Louis Jouvet. C’était vraiment du théâtre filmé respectant absolument la pièce alors que moi, je suis partie un peu ailleurs, c’est une libre adaptation. En cela, c’est une proposition différente et nouvelle, avec un passé, un présent, un avenir pour Knock… Avec toute une galerie de personnages autour et des aspérités nouvelles. Avec l’accord des éditions Gallimard et des ayants droit de Jules Romains, je me suis emparée de la pièce qui a été comme un point de départ pour une autre proposition.

Lorsque vous vous êtes attaquée à l’écriture du film, aviez-vous déjà Omar Sy en tête ?

Il est venu en cours d’écriture. C’est un projet qui m’habite depuis très longtemps. Je crois que tout a démarré il y a huit ans avec un producteur qui était venu à moi et qui m’avait proposé de faire ce travail. Et quand j’ai commencé à travailler, il s’est désintéressé du projet mais moi, j’étais mordue. Du coup, j’ai continué et travaillé longtemps toute seule. Et en cours d’écriture, Omar m’est apparu comme une évidence. Il incarnait la modernité, le charisme et la solarité que je voulais proposer. Le Knock voulu par Jules Romains en 1923 était extrêmement austère, dur, rugueux… Empreint de cruauté. Moi, je voulais l’emmener ailleurs avec une réflexion sous-jacente différente… Interroger, à travers Knock, sur le rôle de l’étranger dans la cité.

KNOCK_00958946Un Knock à la fois filou, tendre, dévoué… Incarné par un impressionnant Omar Sy…

Il reste le personnage qui met en pratique une méthode peu scrupuleuse pour s’enrichir aux dépens d’une population qu’il gruge. Chez Jules Romains, c’est fait sans tendresse et avec une dureté folle. Chez moi, le personnage est un filou mais il y a une tendresse sous-jacente pour chacun des personnages.

Une galerie de personnages impressionnante avec Hélène Vincent, Sabine Azéma, Ana Girardot, Audrey Dana, Alex Lutz, Rufus, Pascal Elbé, Christian Hecq… En fait, pour chacun des personnages, on n’imagine pas un autre comédien… Là aussi, comment vous sont-ils venus à l’esprit ?

C’est un magnifique compliment pour eux, pour moi, pour nous tous… C’est vrai qu’il y a une adéquation parfaite entre la troupe que nous formions et le film dans sa globalité. Et quand je dis troupe, je pense aux acteurs, mais aussi aux techniciens. Les acteurs, je les ai eus en tête, pour certains, dès le début de l’écriture comme Christian Hecq… Cet homme est un génie ! Il a une nature qui collait à ce que je voulais faire. Sa poésie naturelle servait exactement le facteur que je voulais. Ce gars qui lit, avec la bénédiction de tous, le courrier qu’il distribue parce qu’il est responsable des nouvelles qu’il apporte ! Après, c’est vrai, tous les personnages de ce village ont un grain, ils sont un peu barrés ! Il me fallait de grands acteurs pouvant nourrir de leur propre univers la fantaisie que je leur proposais.

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Ce grain, finalement, est la seule maladie qu’ils ont tous !

Oui ! C’est vrai que ça me plaisait, parfois, d’oser le burlesque que j’ai découvert gamine avec Buster Keaton. J’adore ça ! Surtout quand les personnages ont une faconde et que l’acteur qui l’incarne s’y amuse. Hélène Vincent est formidable dans le rôle de cette petite veuve qui serait une Madame Bovary n’ayant jamais rencontré son Rodolphe !

L’une des forces de Knock est de cerner très vite comment fonctionne ce village où, dans les années 50, le maire, le curé, le facteur et donc le médecin créaient du lien et avaient toujours raison. Il s’en sert d’ailleurs en faisant croire au personnage de Pascal Elbé qu’il va mourir… d’une simple diarrhée !

C’est vrai que Knock se venge en faisant passer ça pour une dysenterie possible, c’est une vengeance bon enfant mais néanmoins assez efficace ! Je voulais ramener Knock à notre modernité mais je ne pouvais pas situer l’action dans les années 2000… Aujourd’hui, avec internet, on a des réponses avant même de se poser des questions ! Le plus proche que je pouvais faire était ces années-là qui m’apportaient, visuellement, une esthétique convenant à mon propos. Du coup, il était intéressant de situer le film dans les années 50 en lui donnant une modernité actuelle.

Cette ambiance, avec notamment ses vieilles voitures, a-t-elle été compliquée à reconstituer ?

D’abord, Françoise Dupertuis est une grande chef-déco ! Ensuite, on a beaucoup travaillé avec des décors les plus naturels possible, dans leur jus, comme on dit. On a trouvé Châtillon-en-Diois, un village extraordinaire et on a tourné dans la région Rhône-Alpes dans des décors fabuleux. Après, avec son grand talent, Françoise a habillé ces décors.

Vous parlez de modernité, on remarque de nombreux clins d’œil tout au long du film comme l’expression « travailler plus pour gagner plus » ou encore « le bouclier médical » qui fait évidemment penser au bouclier fiscal…

Exact. Il y en a plein. Il y a aussi « il n’a qu’un seul défaut, sa femme » et même « en marche » ! Ce sont des petits clins d’œil et quand on les relève, c’est drôle. Ce sont des petits gadgets mais on s’est amusé à les faire. Je crois que le film repose aussi beaucoup sur la qualité de jeu d’Omar. Il le dit lui-même, c’est la première fois qu’il a dû aller vers un personnage. Il a beaucoup travaillé, et pas seulement sur le texte mais aussi sur la démarche, le phrasé. Il fait un énorme travail de fond. Il a une carrure et une stature qui impressionnent le public. Le public est heureux, il rit et est impressionné par Omar.

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Il a été difficile à convaincre ?

Pas tant que ça. Ça a pris du temps parce que l’on s’est approché, apprivoisé et qu’il a un emploi du temps chargé ! Ne connaissant pas Knock, il a été d’abord intrigué, et donc vierge de tout préjugé, puis vraiment intéressé ensuite.

 

KNOCK- (c) Christine Tamalet

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