LUCIEN JEAN-BAPTISTE – INTERVIEW

✏️ Yannick VERNINI 26 novembre 2017
LUCIEN JEAN-BAPTISTE – INTERVIEW

Près de huit années se sont écoulées depuis «La Première Étoile». Aviez-vous déjà, à l’époque, en tête cette suite que le public réclamait?

Non, pas du tout. Ce n’est parce qu’il y a « La Première Étoile » que l’on doit être obligé de faire « La Deuxième Étoile ». Je ne suis pas là-dedans. Moi, je raconte des histoires liées à des réflexions et des questionnements personnels. Le marketing ne prend pas le pas sur l’envie artistique. Je n’avais sincèrement pas envie de faire de suite, je n’aime pas ce mécanisme, ce côté un peu obligé. Après, il est vrai qu’il n’y a pas eu une semaine, un jour sans que l’on me demande « c’est quand la deuxième étoile » ? Là, on présente le film… Et les gens me parlent déjà de la troisième étoile ! C’est flatteur mais je ne veux pas mentir, faire un cinéma sincère et honnête. Mais il me faut d’abord une histoire, l’envie de raconter quelque chose.

C’était le cas sur «La Deuxième Étoile»?

Oui, j’avais envie de parler de la difficulté de se réunir, aujourd’hui, en famille, de l’envahissement des écrans, des nouvelles configurations familiales, les problèmes… Tout ça n’est pas simple. Ce sont des choses que je vis à titre personnel, ayant trois enfants qui aiment bien le numérique ! Du coup, je me suis dit « avec qui je vais raconter ça » ? Tout simplement avec ma petite famille de cinéma et de là, « La Deuxième Étoile » est née.

Une petite famille que vous avez réussi à réunir au complet. Cela a-t-il été compliqué?

Ça a été très simple parce que c’est une vraie famille ! Ils attendaient tous ! C’est marrant, finalement, ce que je vis avec tous ces comédiens, c’est vraiment une histoire de famille. J’ai appelé tout le monde en leur disant « voilà, est-ce que vous voulez repartir avec moi, à Noël, au ski ? » Tout le monde a dit oui ! Ça donnait vraiment la sensation d’appeler ses enfants, sa femme… Et après, ça devient compliqué quand la maman veut venir et le beau-père, avec qui j’ai peu de contact, que l’on est obligé d’emmener.

 

Un beau-père et grand-père, interprété par un magnifique Roland Giraud, qui fait enfin vraiment connaissance avec sa famille! Avez-vous, d’entrée, imaginé ce rôle dans cette suite?

Oui, on est parti de la base de « La Première Étoile » puis on a déroulé le fil. J’ai imaginé un beau-père qui n’avait pas dû apprécier, à l’époque, le fait que sa fille se marie. Et comme je le dis dans le film, le problème n’était pas la couleur de sa peau, je ne voulais pas faire un film où la couleur de peau était centrale. Simplement, ce père un peu rigide voulait un homme en marche ! (rires) Un chef de cordée et non un loser. Je pense que ça arrive dans beaucoup de famille où les pères ne sont pas toujours contents des choix de leurs enfants. Et c’est vrai que Roland est exceptionnel dans ce film !

Vous évoquez le loser, finalement, Jean-Gabriel n’est pas retombé dans ses travers… Mais on s’aperçoit aussi que l’embourgeoisement apporte son lot de problèmes et de tracas!

Bien sûr et je voulais par ça, ce sont des choses que je vis ! Quand j’étais petit, lorsque ma mère nous a dit qu’on allait partir au ski, nous étions tous heureux de découvrir les cimes enneigées. Et je vois aujourd’hui mes enfants, quand je leur dis que l’on va au ski, ils sont habitués à ça, ils savent que papa a un peu d’argent pour leur offrir des choses. C’est un autre rapport. Je me souviens aussi que, petit, on faisait tous des Noël en famille. De nos jours, pour réussir à se réunir, c’est toujours compliqué ! Il y a des gens qui détestent Noël parce qu’il y a une espèce d’obligation d’être ensemble, avec les cadeaux et tout ça… Je voulais parler de ça avec ce film.

Un film où il n’y a d’ailleurs pas de scène d’ouverture des cadeaux…

Non, j’ai passé cette étape. Aux Antilles, Noël, c’est la fête et toujours la fête !

 

La fête est en effet très présente mais, comme dans chacun de vos films où des messages de tolérances sont délivrés, on prend de grosses décharges émotionnelles…

En effet, même si je fais une comédie, s’il y a une situation touchante, émouvante, un drame… Je veux que les comédiens le jouent vraiment, c’est un peu ça la recette. Dans certaines comédies, on se dit que l’on ne doit pas aller au bout des émotions. Moi, je dis aux comédiens de le faire, on ne doit pas bâcler les phases touchantes. Parfois on me le reproche, mais je m’en fous. J’aime les bons sentiments et j’ai envie que les gens soient heureux et qu’en même temps, ils réfléchissent un petit peu.

Un des beaux moments du film est ce bel hommage que vous rendez à Bernadette Lafont avec une photo posée sur un meuble et un flash-back poignant. Certains l’auraient «remplacée», pas vous…

C’est vrai… On ne fait pas le même métier. Si je remplace Bernadette, c’est du commerce. Je ne fais pas du commerce, je fais des films avec des vrais gens et cette petite famille. C’est une vraie histoire, on retrouve cette famille neuf ans plus tard. Les enfants ont grandi…

… Il y en a même un quatrième!

… Qui a sûrement été conçu lors de la première étoile ! J’essaie de garder beaucoup de logique et de sincérité. C’est juste être sincère. Vous savez pourquoi je suis retourné aux Gets ? J’aurais pu être dans le concept la petite famille au ski, puis à la mer… Comme les Bronzés ! Nous sommes les vrais Bronzés ! Mais j’avais envie de retourner là où tout a démarré, il y a côté « proustien »… On revient, Bernadette a disparu… Dans le film aussi.

 

Les Gets, comme Morzine, qui, à la différence des usines à ski, sont des stations à taille humaine, ayant une dimension familiale…

C’est ça, je voulais une station qui soit à hauteur d’homme, familiale, qui ne soit pas totalement bétonnée et ultramoderne. Je voulais quelque chose d’humain. Et Morzine, c’est là qu’on est allé au ski la première fois, quand on était petit !

Pour revenir au film, une fois encore Firmine Richard est incroyable, en grande forme avec une entrée en matière tonitruante. Ce doit être une comédienne incroyable à diriger!

Firmine a le sens de la comédie. Même si elle jouait le bottin, elle serait drôle ! Et au-delà de ça, c’est un vrai personnage que l’on a aux Antilles. C’est la fameuse maman antillaise que j’ai pour de vrai. J’ai vraiment l’impression d’être avec ma mère quand je joue avec Firmine, ma mère étant une de mes sources d’inspiration.

Pour conclure sur un clin d’œil, il y a ce savoureux petit cochon, Jean-Marie…

Oui (rires). C’est mon p’tit con ! Chacun y voit ce qu’il veut là-dedans. Des Jean-Marie vont m’en vouloir. Ça me faisait marrer, ça ne va pas plus loin que ça ! J’avais envie de me marrer avec ça et c’est vrai que ça fait rire pas mal. A titre très personnel, tourner avec des cochons, c’est la dernière fois ! C’est très compliqué, il en a fallu trois… Le cochon fait un peu ce qu’il veut même s’il y a des dresseurs !

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