Marie-Castille Mention-Schaar – “La maternité, un saut dans le vide”

✏️ Yannick VERNINI 5 mai 2018
Marie-Castille Mention-Schaar  – “La maternité, un saut dans le vide”

Entretien avec Marie-Castille Mention-Schaar qui présentera ce samedi, en avant-première à l’UGC Ciné-Cité à Ludres, son film « La fête des Mères ». Elle sera accompagnée de Vincent Dedienne.

Vous rendez un bel hommage aux mères à travers un film mettant en scène différents profils. Comment vous est venue l’idée de ces différentes trajectoires ?

Le rapport à la mère, à la maternité, est un sujet qui m’a toujours intéressée. Pour moi, le film choral était la forme idéale pour, justement, aller explorer plus loin ce sujet qui ne pouvait être que multifacette. Chacun a un rapport différent mais, en même temps, c’est universel. On a tous une mère, quelle que soit, ensuite, la relation que l’on a avec elle. Après, on est inégaux devant cette relation. Du coup, il fallait que ce soit une mosaïque.

Votre film rappelle que, en effet, au départ, toutes les mères sont égales. C’est ensuite la vie qui crée des différences.

C’est vrai que la maternité, c’est un peu un saut dans le vide, dans l’inconnu. On imagine, on fantasme, on redoute, on est impatient. Et quand ça arrive, on ne sait jamais vraiment comment on va réagir. C’est pour ça que l’on est, je pense, égales devant cette transformation, ce rôle, cet habit de maman qu’on endosse.

Au moment de l’écriture, aviez-vous déjà tous ces profils en tête ou vous sont-ils venus au fur et à mesure ?

J’en avais déjà plusieurs en tête en sachant que, pour moi, il y avait comme un haut et un bas d’une pyramide pour, justement, évoquer à la fois cette égalité mais aussi, que l’on soit Présidente de la République ou prostituée à Belleville, on a quelque chose de très commun, on n’est pas préparées… Ensuite, au fur et à mesure, j’ai construit cette mosaïque qui a encore évolué lors du tournage puis au montage.

On voit également, notamment à travers le personnage de Clotilde Courau, que rien n’est jamais perdu…

Bien sûr, c’est aussi un film sur le temps qui passe. On n’a pas la même relation au temps, avec sa mère, en particulier. On est toujours « l’enfant de », quel que soit notre âge. Ça nous rassure. Je pense que, souvent, nous mettons nos mères, nos parents, dans quelque chose d’assez immortel. Le fait d’être ensemble sont les moments les plus importants et il n’est jamais trop tard pour ça.

Surtout, finalement, malgré certaines apparences, la mère parfaite n’existe pas…

Oui, elle est désacralisée, on ne connaît pas toujours le ressenti intime d’une mère qui, en apparence, est formidable. Elle aussi a peut-être combattu des angoisses, commis des choses qu’elle se reproche et que personne n’a vues. On se met aussi beaucoup de pression en tant que mère mais aussi en tant qu’enfant, que femme qui ne veut pas avoir d’enfant… On se met cette pression… La société nous la met…

Il y a, en effet, le personnage d’Olivia Cote qui ne veut pas entendre parler de maternité… Ce qui peut être perçu pour de l’égoïsme…

Tout à fait alors que, pour moi, on fait souvent plus des enfants par égoïsme que le contraire ! La décision de ne pas faire d’enfant est une décision qui doit être, parfois, difficile et certainement beaucoup plus réfléchie que celle d’en faire. Il faut faire attention au regard que l’on porte sur les femmes qui font ce choix.

Dans votre film, on retrouve Gustave Kervern dans le rôle du papa « apaisant »…

Oui et qui est solide par rapport à cette femme… Tout Présidente qu’elle est, il voit la difficulté qu’elle a à être mère. Il l’accompagne sans la juger. Pour moi, il était important que les hommes aient des partitions bienveillantes.

S’agissant du riche casting, comment l’avez vous construit ?

Je suis assez fidèle avec les actrices et acteurs avec lesquels je travaille. Certains sont récurrents dans mes films comme Noémie Merlant, Xavier Maly, Clotilde Courau… Je recherche toujours la comédienne ou le comédien qui est juste pour le personnage. Je n’irai jamais vers une actrice ou un acteur juste pour tourner avec elle ou avec lui si, pour moi, il n’est pas dans l’incarnation. C’était le cas pour Gustave Kervern, je n’imaginais personne d’autre. C’était comme une évidence.

Pour conclure, pourquoi le choix des claquettes en fil rouge du film ?

Ça donne une légèreté que je voulais apporter à certains moments. C’est comme des petites bulles de champagne ! Dans les claquettes, il y avait ce côté physique, où Nicole Garcia pouvait prendre du plaisir, mais aussi s’accomplir et se réaliser dans une petite chorégraphie.

Crédits Photos : Guy Ferrandis

You may also like