Michel Drucker – Interview

✏️ Yannick VERNINI 27 mars 2016
Michel Drucker – Interview

Étoiles

Habituellement, avec vous, on parle télévision, là, on parle de votre spectacle pour votre passage à Nancy, vendredi…

Il m’arrive une drôle d’aventure, mon stand-up est reçu de manière très étonnante. Je pensais que je jouerais devant 200-300 personnes, comme dans un café-théâtre. J’aurais été heureux. Je pensais me faire flinguer par des confrères et par la presse se demandant ce que je venais faire là… Ça fait deux mois que je suis sur les routes et vos confrères sont très élogieux. Ça me surprend beaucoup. Je ne pensais pas que les copains du métier seraient si attentifs à ça et qu’ils viendraient me voir en Province, je ne jouerai à Paris qu’en octobre… Je voulais à la fois faire quelque chose qui surprenne mais où on me retrouve.

Vous y êtes parvenu ?

Oui, je crois. La plupart des animateurs qui font de la scène veulent faire rire. Ils ont écrit ou coécrit avec des professionnels du rire des sketches… Ça a été le cas de Cauet, de Julien Courbet ou encore d’Arthur. Moi, je ne viens pas faire ça, je ne suis pas un humoriste… Et pourtant, il y a beaucoup de rire, cela me surprend beaucoup.

Quel a été le déclic qui vous a décidé à vous lancer ?

La question que vous me posez est la première question que je pose en arrivant sur scène : « Qu’est-ce que je fais là et pourquoi je suis là ? » Et là, je dis au public : « Vous venez me voir sans savoir ce que vous allez voir… » En fait, fin 2014, je reçois un coup de téléphone d’un confrère, le patron de TV Magazine, qui me dit « cher Michel, vous le savez, nous fêtons cette année les 50 ans de l’ORTF, vous avez l’âge de l’histoire de la télé et il y a un sondage à paraître qui dit que vous êtes l’animateur emblématique de l’histoire de la télé avec Léon Zitrone, Jacques Marin et Guy Lux ». Ma première réaction a été de me dire « j’ai eu chaud ! Je suis le seul vivant ! » La même semaine, appel d’un autre confrère, à l’occasion du salon des Seniors, dont j’ignorais l’existence, qui me dit « vous êtes, avec Charles Aznavour, 91 ans, Jean d’Ormesson, 90 ans,le préféré des seniors »… Puis nouveau coup de téléphone, du président de France Télévisions, cette fois, Rémy Pflimlin, qui me dit « Michel, 50 ans de carrière, c’est une longévité unique dans toute l’histoire de la télévision. Il faut fêter ça avec une grande soirée et inviter tous ceux que vous avez connus… Sur trois générations. » Je lui ai dit que c’était gentil mais que ça sentait vraiment le sapin, le César d’honneur…

Et après réflexion ?

Je suis rentré chez moi. Je ne savais pas comment prendre tout ça. J’ai dit à ma femme : « Tu sais que tu es marié avec le préféré des seniors ? » Elle m’a répondu : « Tu oublies que je t’appelle papy depuis plusieurs années ! » Je me suis enfermé dans mon bureau, chez moi. Depuis toujours, je garde des milliers de photos et je me suis dit « ce n’est pas moi qui ai vécu tout ça ! » Avec Jean Gabin, avec Michèle Morgan, Charles Vanel… Et là, je me suis dit « il faut que j’aille sur scène. Dire au public : on va revivre ça, on va voir si on a vécu ça ensemble ». Je lui amène un album photos. Les gens ne seront pas dépaysés car mes souvenirs sont les leurs… Résumer 50 ans de carrière en 1 h 45, c’est impossible, il y aura d’autres spectacles derrière.

Vous qui avez confessé les politiques, les sportifs, les stars du show-biz… Quelque part, votre tour est venu, finalement…

En fait, je parle moins de moi que des gens que j’ai rencontrés. Je parle de moi à travers ma mère, mon père… Durant 10 minutes sur 1 h 45. En revanche, je parle de mon Zitrone à moi, mon Johnny à moi, mon Belmondo à moi, mon Delon à moi, mon Giscard à moi, mon Pelé à moi, mon Platini… Les gens dont je parle, tous les Français ont vécu des choses avec eux sauf que moi je leur raconte l’envers du décor.

Vous les emmenez dans vos coulisses, en quelque sorte…

C’est ça, je vais dans les coulisses. Pour Whitney Houston et Serge Gainsbourg, je raconte ce qui s’est passé dans les coulisses, avant, pendant et après. Mon Johnny, c’est un Johnny chez lui, très drôle, un Johnny qui me demande de l’emmener en hélico, au-dessus du Stade de France, pour l’hélitreuiller lors de son concert. Quand je raconte Belmondo, je raconte comment il a géré son drame, son AVC, Delon, c’est sa solitude…

Vous avez été l’homme du week-end

Sur cinquante ans de télévision, j’en ai passé quarante le week-end. J’ai passé dix ans, le dimanche après-midi, avant que Jacques Martin ne reprenne les commandes durant 22 ans et avant que je revienne, après lui. J’en suis à la vingtième année de Vivement Dimanche. J’ai connu tout le monde à travers trois générations, je suis devenu la mémoire de la télé.

Quel regard avez-vous sur la télé de 2016 ?

Je ne vais pas jouer les anciens combattants et dire « c’était mieux avant ». Ce que je peux dire, en revanche, c’est que la télévision est devenue un énorme business. Les grands patrons sont des grands groupes qui possèdent des empires télévisuels. Il y a encore 40 ans, personne n’aurait pu imaginer que ce serait un groupe de travaux publics qui achèterait TF1 ! Et avec l’arrivée du numérique, du câble, du satellite, des portables, des réseaux sociaux… Une autre génération de capitaines d’industrie, venus de tous les horizons, est arrivée à la télévision. Du coup, des vrais gens de télévision de formation, il n’y en a plus qui dirigent les chaînes. Et quant aux animateurs qui sont là, maintenant, lorsque l’on fait une carrière de 10 ans, on est content. Ça va vite !

Une nouvelle génération qui ressent souvent le besoin d’une reconnaissance venant de votre part…

En tout cas, ce qui me touche beaucoup, c’est qu’ils ont tous beaucoup d’estime pour moi. Quand j’ai rencontré Jean-Luc Delarue, il m’a dit, il y a 25 ans, « c’est en te regardant que j’ai voulu faire ce métier ». Vingt-cinq ans plus tard, Hanouna me dit la même chose ! Comme pour les acteurs, par exemple. J’ai connu Belmondo, à ses débuts, qui considère Jean Dujardin comme étant son successeur et je connais aussi, maintenant, un surdoué qui s’appelle Kev Adams, qui n’a que 24 ans et qui remplit à la fois des Zénith et les salles de cinéma. J’ai connu tous ces gens-là et ce qui me touche le plus c’est que, quand ils viennent sur le canapé de Vivement Dimanche, ça a été le cas récemment avec Omar Sy et Kev Adams, ils s’adressent à la caméra et disent « ça y est maman, j’y suis ! »

Vous les recevez avec les mêmes égards qu’un Alain Delon…

Bien sûr, tout à fait ! Mais quand je fais le bilan, c’est fou que je sois encore là. Quand on me dit qu’à l’INA, il y a 5.000 heures d’image avec moi, j’ai du mal à comprendre. Voilà pourquoi j’ai voulu être sur scène, pour essayer de comprendre, de revivre tout ça et d’en avoir le cœur net. C’est un peu un devoir de mémoire. J’ai été élevé par des parents qui me disaient « il ne faut pas oublier ».

Avec tout ça, avez-vous encore du temps pour la pratique du sport, le vélo, notamment ?

Oui ! Je fais trois matinées par semaine d’home-trainer. Quand il commence à faire beau, je suis sur la route, je fais 3.000 kilomètres par an… J’ai le temps de tout faire tout simplement parce que je ne reste pas longtemps à table, je n’ai pas de vie mondaine. Il n’y a pas un film, une pièce de théâtre, un livre, un téléfilm dont je parle le dimanche que je n’ai pas vu. Tous les soirs, je rentre comme un étudiant qui prépare son dossier du lendemain, je m’enferme dans mon bureau et je visionne un ou deux films. Chaque soir, à une heure du matin, quand j’éteins la lumière, j’ai vu un ou deux films, vu une pièce de théâtre, parcouru un livre que j’ai commencé et que je finis en quelques jours, pour être prêt le jour de l’émission.

J’ai une vie très réglée, j’ai tout appris des sportifs. Je nage deux fois par semaine, pédale pratiquement tous les jours…

Pour conclure, avez-vous des souvenirs à Nancy ?

La région Lorraine est une région importante pour moi, j’ai plein de souvenirs partout. J’y ai vécu beaucoup de choses, j’ai connu Jack et Monique Lang comédiens, à Nancy. Il n’y en a pas beaucoup qui peuvent vous dire ça. Ils jouaient une pièce qui s’appelait « Caligula ». Il était professeur de droit et comédien amateur. J’ai évidemment connu toute la génération Platini au stade Marcel-Picot. J’ai fait trois Coupes du Monde avec Michel. En Argentine, en 1978, il m’avait confié ses parents, on était dans le même hôtel. J’ai connu la grande bagarre politique entre Jacques Chaban-Delmas et Servan-Schreiber. Quand j’arrive place Stanislas, j’ai plein de souvenirs qui reviennent. Notamment avec André Rossinot et son épouse qui était journaliste comme moi… Quand j’étais reporter sportif, les derbys Nancy-Metz, ça y allait ! J’ai également connu un petit vendeur de chaussures, dont la maman travaillait dans un supermarché, qui commençait à chanter, il s’appelait C. Jérôme. J’ai plein de souvenirs dans le coin !

Étoiles

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