Michel Leeb – Interview

✏️ Yannick VERNINI 21 février 2018
Michel Leeb – Interview

Michel, vous fêtez cette année vos 40 années de carrière devant ce public qui vous est resté fidèle, cela doit vous faire chaud au cœur…

Oui, quand il y a du monde autour de vous pour un anniversaire autour de vous, c’est formidable, c’est très agréable.

Et ce d’autant que, dans ce spectacle, vous reprenez vos sketchs marquants. Est-ce une façon pour vous de leur faire un cadeau ?

En effet, pendant 40 ans, je n’ai eu que du bonheur avec ce public. Et ce, dans tous les genres… Au théâtre, dans les comédies, dans des rôles plus dramatiques ou même dans le jazz et dans one-man-show… Je me suis beaucoup diversifié et le public était toujours là. Ce sont des cadeaux qu’ils m’ont faits et moi, je me suis dit que cette année, pour mas 40 ans, qu’il fallait faire un spectacle qui soit pour eux un beau cadeau avec quelque chose de beau, de grand, bien mis en scène avec un jeu de lumière très riche, des projections, des choses originales.

Au milieu de tout ça, vous n’abordez toujours pas de thèmes politiques…

Non, je laisse ça à ceux qui savent le faire, je ne suis pas doué pour ça.

Ce qui prouve qu’il y a gros travail d’écriture puisque lorsqu’on manipule l’humour politique, les faits sont là…

Oui et surtout, c’est moins intemporel puisque c’est moins lié à l’actualité. Il y a quelque chose d’assez général. Un sketch comme « La Mouche et le bourdon », c’est un truc universel qui peut se passer n’importe quand, n’importe où. Je l’ai fait à Pékin, les Chinois étaient pliés de rire. Ce n’est pas lié à l’actualité. Pour « L’Africain », je sais que vous allez me poser la question, c’était des textes liés à l’actualité à l’époque. Dans les années 80, on était invité dans toutes les émissions pour faire ça parce que ça amusait tout le monde. Il n’y avait pas d’arrière-pensée et j’avais des textes qui étaient franchement contextuels, liés à l’actu politique de l’époque et aujourd’hui, évidemment, tout a changé, j’ai révisé tout ça, j’ai refait un personnage très différent.

La bien-pensance actuelle n’a, en tout cas, pas eu raison de vous !

Mais non ! C’est une bien-pensance que je trouve complètement déplacée qui, en plus, induit une attitude sociale complètement liberticide. Aujourd’hui, on est dans une liberté très limitée, à tous les niveaux. Cette société moralisatrice qui vous donne des conseils et vous impose des diktats moraux, je suis absolument contre. Soyons libres, disons ce que l’on veut, comme on le veut du moment qu’il n’y a pas de malveillance.

Vous le dites… Et vous le chantez puisque c’est un spectacle où l’on retrouve cinq musiciens. Vous avez également toujours eu cette image de crooner que l’on retrouve, d’ailleurs, dans « Épouse-moi mon pote » le film de Tarek Boudali… On sent que le music-hall vous tient à cœur…

Oui parce que c’est justement quelque chose – mélanger les genres sur scène – qui n’existe presque plus… Même carrément plus ! Le music-hall permet de faire rire, de chanter, de faire du mime, des parodies, des imitations… C’est vraiment un spectacle total. Et dans music-hall, il y a la musique, je ne peux pas vivre sans… Toujours mélanger la musique avec l’humour, c’est mon truc.

Cinéma, télé, théâtre, chanson… Avec ce one-man-show, vous revenez à vos premières amours. Cela a-t-il été difficile de vous replonger dans cet univers ?

Non parce que j’ai commencé comme ça et je continuerai comme ça. Je vais passer alternativement du théâtre au one-man-show en passant, éventuellement par le cinéma. Cela n’a pas été difficile simplement parce que c’est du plaisir, aller fouiller dans des sketchs que je n’ai pas faits depuis dix ou quinze ans, des choses que j’avais envie de redonner au public et qui sont revenues à la surface très rapidement. C’est très jubilatoire !

Autre chose a changé… À l’époque, vous n’étiez que quelques-uns à vous partager cette scène de l’humour, aujourd’hui, vous êtes beaucoup ! Quel regard avez-vous sur cette scène ?

C’est vrai… C’est à la fois positif et négatif. Plus il y en a, plus il peut y avoir des choses très moyennes. En même temps, comme ça arrive actuellement, il peut émerger des artistes formidables. Tant mieux ! Il y a des Alex Lutz, des Ahmed Sylla, des gens comme ça qui sont formidables. Je trouve ça magnifique. En ce qui me concerne, à 70 ans, j’ai intérêt à savoir nager sinon ils me coulent ! Mais je sais nager, je suis un très grand nageur ! (rires)

On ne fait pas 40 ans de carrière par hasard !

Ben non ! Mais il faut se battre, se renouveler, se diversifier… C’est pour ça, je pense, qu’avec les bouées de sauvetage que j’ai, je m’en sors pas mal !

Pour conclure, si vous aviez un souvenir marquant de ces quatre décennies ?

Ma rencontre avec Sinatra que j’adorais et avec qui, le jour de mon anniversaire, j’ai trinqué avec lui, à Paris, un whisky. Et quand j’ai voulu en savoir plus sur lui, il ne m’a parlé que de sa salle de bain ! Je lui ai dit « ça va » ? Il me dit « non, pas du tout, je viens de recevoir un fax me disant qu’ils ont refait ma salle de bain en vert et je déteste le vert, je la voulais jaune » ! Il ne m’a parlé que de ça ! Je suis tombé sur le c… ! Une star mondiale qui me dit qu’il n’est pas content parce que sa salle de bain est mal repeinte !

📷 : Pascalito

You may also like

Laisse un message