Philippe Caroit – “J’aime bien porter des personnages excessifs”

✏️ Yannick VERNINI 13 avril 2018
Philippe Caroit – “J’aime bien porter des personnages excessifs”

« Le Journal de ma Fille »… Ce journal intime qui intrigue les parents. Qu’est-ce qui vous a plu à la lecture de la pièce ?

La pièce s’appelle « Le Journal de ma Fille » mais, en fait, on est deux personnages, les deux parents, la fille n’est là qu’à travers son journal. On s’y plonge, même si, au début, la mère n’est pas d’accord. Il y a un gros antagonisme entre eux, déjà parce qu’ils sont en train de se séparer. Lui est assez impulsif et caractériel, elle, est plus psychologue. C’est une enseignante plutôt de gauche alors que lui est plutôt à droite. Lorsqu’ils vont se plonger dans ce journal, ils vont découvrir des choses sur eux. Il n’est qu’un prétexte. C’est plus une pièce sur un couple se déchirant et qui va peut-être, ou pas, se retrouver. J’ai accepté cette pièce pour le personnage. C’est une vraie comédie. C’est un personnage barré, très excessif et j’aime bien, au théâtre, porter des personnages plus excessifs que ceux que je joue en général dans les films ou les téléfilms. C’est un espace de jeu plus large, j’aime bien hurler, me rouler parterre. C’est une pièce bien écrite avec beaucoup de jeu.

D’autant que vous n’êtes que deux comédiens !

Oui, on est là tout le temps. Déjà ça, jouer un duo, c’est un exercice qui m’intéressait et que je n’avais jamais fait. Et là, il ne faut pas se tromper sur son partenaire et pour le coup, ça a été une des choses que j’ai dites au producteur, « je suis partant si on est d’accord sur ma partenaire ». Et quand est arrivé le nom d’Anne Jacquemin, j’étais ravi. J’avais tourné avec elle mais on n’avait jamais joué ensemble au théâtre. Je savais qu’elle allait amener exactement ce que je voyais dans le personnage de Magali. Et puis, c’est la première fois que je travaille avec le metteur en scène Jean-Luc Moreau. Tout ça fait que c’est arrivé au bon moment avec une pièce qui me réjouissait ! On s’amuse beaucoup.

Les premières lectures avec Anne Jacquemin ont-elles confirmé vos certitudes ?

Absolument. Je n’avais pas de doute et les premières lectures m’ont encore plus conforté. Je sentais que la pièce parlait plus du couple que de l’enfant et cela nous a, à tous, sauté aux yeux dès le départ.

Et si le public répond présent c’est aussi parce qu’il s’identifie à ce couple…

Bien sûr. Et une chose qui était moins évidente et qui m’est apparue rapidement quand on a commencé la tournée, c’est que, étonnamment, la pièce est transgénérationnelle. On a eu une salle quasiment composée que d’ados parce qu’il y avait une section théâtre d’un lycée qui est venue. Ils ont ri et adoré. C’était un très bon test. Les thèmes abordés, ils les connaissent très bien. Quant aux gens plus âgés, ils s’y retrouvent parce qu’ils ont été parents… Et les parents d’enfants âgés de 8-10 ans se disent « est-ce que ça va nous tomber dessus » ? On a une « cible » très large. C’est assez réjouissant.

C’est rassurant lorsque l’on sait que les ados sont hyperconnectés sur les réseaux où ils racontent leur vie…

C’est vrai… D’ailleurs on en parle. La question soulevée est intéressante… Des études sociologiques ont-elles mesuré l’impact négatif qu’auraient les réseaux sociaux sur la pratique du journal intime ? Je ne sais pas, le journal, c’est vraiment propre à soi alors que les réseaux, c’est plus pour communiquer avec ses copains, s’inventer une vie…

Du coup, inversement, ces réseaux n’ont-ils pas, quelque part, sacralisé ce journal intime…

Si ! C’est vraiment ce qu’on a sur le cœur et non ce que l’on raconte pour paraître, pour exister. D’ailleurs, dans la pièce, le journal grossit, au fur et mesure. Il prend de plus en plus d’importance dans la relation des parents. La pièce démarre sur un ton assez réaliste puis on emmène les gens dans un ton qui nous permet d’aller loin… C’est beaucoup d’énergie, parce que ce sont deux personnages très agités. C’est efficace très et jouissif !

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