Pierre-François Martin-Laval – INTERVIEW

✏️ Yannick VERNINI 18 mars 2018
Pierre-François Martin-Laval – INTERVIEW

Entretien avec Pierre-François Martin-Laval qui a réalisé « Gaston Lagaffe ». Le film a été présenté en avant-première à l’UGC Saint-Jean et au Ciné-Cité de Ludres en présence d’Alison Wheeler et de Théo Fernandez.

○  ○  ○

Vous avez adapté au cinéma Gaston Lagaffe. Comment avez-vous appréhendé ce projet qui vous tenait à cœur depuis un certain temps ? On sait que les adaptations de BD ne sont pas aisées…

C’est vrai que ce n’est pas facile. Je vous avoue qu’au début je me demandais si cela était possible. J’avais peur de faire un film pas plausible, pas crédible, qu’on ne soit pas dans une vraie histoire. Du coup, je me suis dit qu’il fallait absolument que j’invente une histoire intéressante, avec une intrigue. Je ne me suis pas concentré sur Gaston parce que je savais que le personnage était extraordinaire et qu’au cinéma, si je trouvais l’acteur, ça allait marcher. Sur l’histoire, avant de l’écrire, je me demandais comment était-il possible de ne pas virer un type pareil ! Qui n’en fout pas une, qui dort tout le temps. Quand j’ai eu l’idée, avec mon coauteur, ça nous a bien fait rire. Je voulais qu’il y ait un quiproquo, j’adore ! Ça a commencé à me donner une bonne énergie pour l’histoire que je n’arrivais pas à écrire tant que je n’avais pas répondu à la question « qu’est-ce que vient signer De Mesmaeker ? » Dans l’univers de Franquin, il y a comme ça des petits mystères qu’on n’a pas forcément envie de résoudre mais au cinéma, ça ne marche pas.

Du coup, vous l’avez ancré dans le XXIe siècle en le faisant travailler dans une start-up…

J’ai décidé ça, en accord avec mon producteur. Je lui ai dit que si j’avais la chance d’être élu pour le faire, je ne ferai pas un film des années 60. Il m’a dit, « il n’en est de toute façon pas question » ! Franquin n’a pas fait une BD de son passé, il a fait une BD de son point de vue contemporain. Et s’il était encore en vie, il ferait un Gaston avec la technologie de nos jours. Quitte à faire un film contemporain, je voulais que ce soit très moderne dans le sujet, mais qu’il y ait un peu de nostalgie dans mon graphisme. J’avais envie, d’une certaine manière, de rendre hommage à Franquin.

Un graphisme que l’on retrouve dans ces bureaux dans lesquels se passe, comme dans la BD, la quasi-totalité de l’histoire…

En tournée, on me demande « comme cela se fait-il que l’on reconnaisse autant la BD alors que c’est moderne ? » Quand on adapte un roman ou une BD, si on ne l’aime pas plus que ça, je trouve ça triste. Gaston, j’en suis fan et je suis en admiration devant Franquin, c’est un génie ! Personne ne l’a remplacé, personne n’a continué Gaston. Arriver à exprimer autant de pensées dans un personnage, c’est incroyable. Tout ça pour dire que oui, par-dessus tout, je voulais être fidèle.

On retrouve effectivement ce que Franquin voulait faire de Gaston… Comme le dit Mademoiselle Jeanne, « il se donne du mal pour faire du bien ». Et finalement, c’est sûrement lui qui fait le plus preuve de bon sens au milieu d’une galerie de personnage perchés !

Ce que vous dites me fait plaisir, quand j’ai écrit cette phrase, j’étais en larmes. Ce nul, considéré comme un fainéant et un dangereux, finalement, retourne tout le monde. Ce n’est pas Gaston qui s’adapte au monde qui l’entoure, c’est l’inverse. Ce que Prunelle ne voit pas. Du coup, j’arrive à la conclusion que c’est comme un préquel de Gaston Lagaffe. Mais ça reste Franquin qui a fait de Gaston quelqu’un d’attachant, on ne lui en veut jamais, on est juste énervé !

Celle qui le cerne vite est évidemment Mademoiselle Jeanne jouée par une incroyable Alison Wheeler. Comment avez-vous pensé à elle ?

C’est ma femme, qui a beaucoup travaillé à la télé et dans le cinéma, qui m’a dit que je devrais m’intéresser à elle. Du coup, je me suis plus intéressé à ce qu’elle a fait chez Studio Bagel qu’en miss météo. J’ai flashé sur ses sketchs et en quelques clics, je me suis aperçu du potentiel qu’elle a. Pour moi, c’est une actrice qui peut jouer aussi bien un rôle comique que dramatique. Elle sait tout faire !

Pour revenir à Gaston, on retrouve le « Coin-coin » des Tuche. Surtout, on a un Théo Fernandez qui peut enfin pleinement s’exprimer ! L’aviez-vous déjà en tête ?

Ça s’est passé en plusieurs temps. Encore une fois, ma femme l’avait vu dans la série « Irresponsable » et l’avait trouvé extraordinaire. Moi, dans les Tuche, je ne l’avais pas vraiment remarqué, il n’a pas grand-chose à faire. Et manque de bol, il m’a envoyé des essais vidéo qui n’étaient pas bons. Je n’avais pas vu Gaston en lui… Et heureusement qu’il s’est endormi au casting d’un autre réalisateur dans la même boîte que moi. Ça nous a fait un électrochoc chez UGC quand on a su qu’un acteur dormait à l’accueil pendant trois heures pour passer les essais de Gérard Jugnot. J’ai alors dit « faudrait qu’on me le montre » et là on me répond « mais tu l’as déjà vu et recalé ». J’ai voulu le voir en vrai et quand il est entré dans mon bureau, c’est un moment que je n’oublierai jamais. C’était un moment où je me disais « dans trois mois le film doit se tourner et je vais abandonner… » J’avais vu tous les acteurs français de 18 à 28 ans, des gens géniaux, qui me faisaient rire, j’étais navré de ne pas les prendre. Et quand Théo a ouvert la porte, ça a été un moment de grâce. Je suis d’ailleurs parti en courant, il a cru que j’allais aux toilettes alors que je suis allé chercher la production pour leur dire « c’est bon » !

Et pour cause, dès le premier « M’Enfin », on se dit que c’est bon !

C’est vrai. C’est un grand acteur qui fait croire qu’il n’en fout pas une. Il dit à tout le monde que pour travailler le rôle, comme Gaston ne faisait rien, il n’a rien fait… C’est faux, je l’ai vu évoluer, je lui ai fait travailler la posture et je lui ai dit « ne joue jamais, reste toi-même » ! Il a travaillé, respecté le personnage et fait un pas vers lui.
📷 : Arnaud Borrel

You may also like

Laisse un message