Sébastien Tellier – Interview

✏️ Yannick VERNINI 2 décembre 2015
Sébastien Tellier – Interview

©Ludovic CarèmeÉtoiles

[Morceaux choisis]

On vous décrit comme un artiste inclassable à la palette très large. Comment vous définiriez­-vous ?

Ça, c’est difficile… Déjà, je suis un amoureux de la musique, de toutes les musiques. À part les chants nazis, il n’y a aucun style que je rejette. J’aime autant la musique brésilienne que la musique japonaise, que la variété française, que le rock anglais, que le rap américain… Pour moi, tout ça, c’est la même chose. C’est des notes, des accords, de l’harmonie… En fait, je suis surtout un amoureux de l’harmonie, le rapport qui existe entre la mélodie et l’accord. C’est ça qui me passionne, qui me fascine, qui me donne encore et encore envie de faire des musiques, des nouvelles chansons.

Une passion qui remonte à votre plus jeune âge. Vous avez sorti un premier album à 26 ans qui a immédiatement marché, vous avez été repéré par Sofia Coppola… Vous n’avez pas traîné!

Ben non ! Je me souviens avoir signé mon premier contrat à 23 ans. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de chance, on dit toujours : « C’est très difficile de percer dans la musique… » Et moi, c’est une histoire que j’ai racontée de nombreuse fois… J’avais vu, un soir à la télé, le groupe Air, qui avait un énorme succès avec «SexyBoy». À lafin du clip, j’ai vu un petit bandeau avec le nom du groupe, le titre de la chanson, le nom de l’auteur­compositeur et le nom de la maison de disque. Je venais de finir trois maquettes dans ma chambre de pauvre jeune Parisien et je me suis dit « Tiens, demain, je vais aller les voir et leur proposer ma musique ». Je suis donc entré, j’ai vu l’hôtesse d’accueil de chez Virgin et je lui ai demandé s’il était possible d’avoir un rendez­ vous. Et elle me répond que justement « là, le directeur artistique a un trou, vous pouvez lui faire écouter tout de suite!». Le mec a tout de suite flashé, en a pris immédiatement une chanson pour une compilation qui allait sortir et il m’appelait une semaine plus tard pour m’annoncer qu’il souhaitait me faire faire un album. En fait, pour moi, ça s’est passé très simplement et très vite… J’ai surtout eu beaucoup de chance !

Les albums se sont alors enchaînés. Vous avez une créativité débordante et on a l’impression que vous ne vous arrêtez jamais !

Oui, j’ai toujours envie d’en faire plus. Par exemple là, je viens de sortir trois albums en trois ans mais j’aimerais bien en faire plus. Mais la musique, ce n’est pas qu’un art, c’est aussi un business. Du coup, on ne peut pas comme ça sortir trois albums par an, parce que les gens ne comprennent plus rien, les médias disent « Attends, là, il en est où?». Et dans les grosses maisons de disque, ce n’est pas possible de faire ça, c’est injouable. Du coup, effectivement, je ressens une espèce de la frustration. Si je pouvais faire les choses à mon rythme, ça irait encore plus vite. Mais maintenant, le business est hypersclérosé.

 

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