Serge Hazanavicius – Interview

✏️ Yannick VERNINI 12 décembre 2017
Serge Hazanavicius – Interview

Vous proposez au public un incroyable voyage. Comment l’histoire d’un rider partant à la conquête de l’Everest pour s’attaquer au Hornbein, a pris forme dans votre esprit ?

D’une envie, d’un désir. J’ai la chance de pratiquer le ski en hors-piste, en liberté ainsi que du ski extrême. Ça fait plus de 20 ans que je fais ça régulièrement avec un monsieur qui s’appelle Stéphane Dan. Très vite, en skiant ensemble, en parlant, ça nous est apparu en même temps. Lui avait envie de raconter ça dans de la fiction, en images et moi, j’ai très vite senti qu’il y avait des décors, des choses à filmer et surtout des personnages fonctionnant comme des personnages de cinéma avec des objectifs, des désirs et des prises risques forts. Puis en rencontrant Kev – j’ai monté ses deux spectacles -, une équation s’est mise en place. Kev était parfait, on est parti sur l’idée de l’Everest… Tout s’est mis en place pour recréer un cadre assez simple permettant de faire la part belle aux personnages, à leurs actions, à ce qu’ils vivent plutôt que d’avoir un scénario tordu prenant de la place.

S’agissant de Kev Adams, on a le sentiment qu’il a enfin un rôle cohérent avec son âge !

Je vous remercie… Mais tellement ! On commence à présenter le film et les gens qui le voient sont surpris, épatés, enthousiasmés par ce qu’on voit de Kev. Je le connais depuis qu’il a 18 ans, j’ai mis en scène ses deux spectacles. Quand vous mettez en scène un one-man-show, vous passez beaucoup de temps tous les deux, il y a une intimité particulière qui se crée. Je connais l’homme derrière le clown. Je sais que c’est un bon acteur mais que c’est aussi ce personnage qu’il y a dans le film. C’est un rôle différent mais même temps c’est lui, avec ses blagues… C’est vraiment lui ! La maturité, c’est quand on est en adéquation avec son âge. Là, il l’est !

Et vous lui avez « adjoint » Vincent Elbaz. Pourquoi avez-vous pensé à ce duo ?

J’ai écrit le rôle pour le Kev, c’était la base. Pour le rôle en face, je ne l’écrivais pour personne. L’histoire de ce jeune homme et de ce mec de 45 ans, à deux doigts de se ranger des voitures, elle est un peu inspirée de ce que j’ai vécu avec Kev. Je pense que je lui ai apporté des choses et lui m’en apportées beaucoup ! Il m’a bousculé, donné envie de me lancer… J’ai 50 ans, je fais mon premier film… C’est rare les premières fois à 50 ans ! Après, j’ai très tôt pensé à Vincent. C’est un acteur physique et instinctif. Je savais qu’il pouvait incarner ça. Il a quelque chose qui est sportif, il n’est pas cérébral – on a beaucoup d’acteurs cérébraux -, ce n’est pas un humoriste et je n’en voulais pas deux ! Vincent a lu le scénario et deux heures après il m’a appelé… C’est la première fois que j’entends quelqu’un, au téléphone, qui a des étoiles dans les yeux !

L’un comme l’autre ont eu leur entraîneur, Kev pour le surf, Vincent pour le ski… A quel moment se sont-ils retrouvés dans la poudreuse ?

Ils ont fait du ski sur Chamonix. Je voulais faire un film très vrai, sans trucage… On arrange juste les plans comme les reflets dans les lunettes, une trace au fond parce qu’un rider passe une deuxième fois… Mais la chute dans la crevasse est une vraie chute dans une vraie crevasse, on a juste posé une plaque de polystyrène dessus. Tout est vrai… même la descente en surf sur l’herbe.

Tout tourner en décors naturels… Vous vous êtes imposé d’incroyables contraintes !

Oui, mais je m’en rends compte seulement maintenant !

Finalement, c’est vraiment le film d’un amoureux de la montagne et de ceux qui la chérissent… Dans le générique, les noms des riders sont mis au même niveau que ceux des acteurs… Ont-ils été faciles à convaincre ?

Oui et ce sont les meilleurs ! J’ai la chance de connaître Stéphane Dan qui notamment doublé James Bond ! Il est respecté dans le milieu de la glisse. On a pris les riders de Chamonix, ils ont tous accepté. Il y a quelque chose de familial dans cette vallée. Etonnement, j’ai essuyé très très peu de refus tant sur les acteurs que sur les techniciens.

Vous rendez également un bel hommage à Chamonix…

Cela fait 20 ans que je skie là-bas. Les pentes que vous voyez dans le film, je les ai faites… Je ne voulais parler que de ce que j’aime et de ce que je connais, le partager. J’aime cette vallée, ses gens, ce sport.

 

📷 : Pascal Tournaire

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