THIERRY LHERMITTE – INTERVIEW

✏️ Yannick VERNINI 1 avril 2018
THIERRY LHERMITTE – INTERVIEW

Entretien avec Thierry Lhermitte de passage à l’UGC Saint-Jean, à Nancy, et à l’UGC Ciné-Cité, à Ludres, pour présenter, en avant-première, « La Finale ». Il était accompagné du réalisateur Robin Sykes.

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On vous retrouve dans un film à la fois drôle, touchant, poignant où vous campez Roland, ce grand-père qui perd la tête… Comment s’est passée cette belle aventure, vous qui êtes rare au cinéma ?

Les producteurs m’ont proposé le rôle que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et du coup, j’ai accepté sans discuter !

Dans le film, vous formez un joli duo, très juste, avec Rayane Bensetti. Le connaissiez-vous avant ?

Non, je ne connaissais pas du tout Rayane et j’ai vraiment passé un moment merveilleux avec lui. C’est un super acteur et un garçon exquis.

Du coup, comment se sont passées les premières prises ?

Très facilement, très simplement. Il n’y a eu aucune entrée en matière particulière. On a sympathisé et on était sur la même longueur d’ondes du point de vue de l’interprétation… Avec beaucoup de justesse et de vérité. C’était aussi simple et sympa que ça !

On le ressent… Dans le film, tout semble couler de source, tout paraît très naturel avec un Rayane Bensetti servant de lien dans une famille où le dialogue est aux abonnés absents… Et c’est, au final, lui qui la remet en marche !

Absolument ! C’est d’ailleurs étonnant de la part de quelqu’un chez qui, justement, la communication, consciente en tout cas, est rompue. Cela fait partie des qualités du scénario, d’avoir fait sortir cette famille de l’incommunicabilité.

Une famille qui vous a, comme vous le dites dans le film, « laissé sur le banc »…

C’est vrai, il dit ça mais finalement, on n’en sait rien. Ce n’est pas quelqu’un de facile, le Roland ! Il a des opinions bien senties… À mon avis, il devait y avoir des torts des deux côtés !

À propos de ces opinions bien tranchées, on découvre, en effet, un personnage sans filtres, comme la scène dans la voiture avec son ami asiatique qu’il ne reconnaît pas…

Non seulement il est sans filtre mais, probablement, il ne devait pas être loin d’être comme ça avant. Franchement, un des modèles du personnage, et c’est pour ça qu’il s’appelle Roland, c’est Thierry Roland. Et le Thierry Roland que l’on connaissait n’avait pas Alzheimer mais cela ne l’empêchait pas de dire ce qu’il pensait sans beaucoup de filtre. Là, disons que c’est une espèce d’esprit franchouillard, populaire… Ce sont des gens à qui l’on pardonne parce qu’ils sont sympathiques, il n’y a pas de mal, ils ne pensent pas à mal quand ils sont à la limite.

Il n’y a jamais de méchanceté…

Il n’y a pas de méchanceté mais ils pourraient faire attention à ce qu’ils disent ! Là, quand on entend Thierry Roland commenter la finale de 1998, c’est dingue !

On se rend compte également d’une chose tout au long du film, c’est que la musique sert de lien… Avec le passé mais aussi avec le présent…

Oui, ça, je crois que c’est le truc qui est exact chez les gens touchés par Alzheimer. La musique est souvent une zone qui n’est pas touchée et qui relie les souvenirs…

Alors qu’il aurait pu, le film, drôle et émouvant, ne tombe jamais dans le pathos…

C’est vrai qu’il arrive à être émouvant sans être triste, tout est là, tout reste léger…

Pour revenir à Rayane Bensetti, qui est excellent dans le rôle de Jean-Baptiste, il est le seul à traiter son grand-père normalement…

Il est vraiment bon, je suis bien d’accord. Pour le reste, absolument ! Et comme, il ne connaît pas en plus ce grand-père qu’il a dû voir deux ou trois fois dans sa vie, il n’a pas d’affection particulière, il n’est pas bouleversé par le fait qu’il perde la boule, il a juste autre chose à penser à ce moment-là de sa vie. Rayane le fait super bien et de manière très juste.

D’autant qu’il arrive à jongler avec ses préoccupations d’ado et son grand-père…

Et comme il ne le connaît pas, il n’y a pas trop d’affect. Il ne commence à apprécier son grand-père qu’à la fin du film !

Notamment lorsqu’il est devant ce mur de photos sur lesquelles Roland pose aux côtés des plus grands sportifs…

Exactement, c’est une révélation pour les deux… Le gamin qui voit ce qu’a été la vie de son grand-père puis lorsqu’il lui fait passer toutes les photos sous la porte et que les souvenirs reviennent pour un petit temps…

Son grand-père qui, finalement, lui aura donné « le » bon conseil pour décrocher son rêve… Marquer le bon panier au bon moment…

Ce petit truc, oui, qui est le bienvenu !

📷 : Emmanuelle Jacobson-Roques

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